HISTOIRE AVANT 1900

Ici sont regroupés des textes, documents et images
du passé du port de St.Gilles les Bains.


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Les XVIIe et XVIIIe siècles ont été des périodes riches en découvertes géographiques. On parle souvent des explorateurs, des découvreurs, des aventuriers; plus rarement des géographes et particulièrement des cartographes.
          Sur internet beaucoup de boutiques vendent des reproductions de cartes anciennes très belles. C'est du commerce. La définition minimaliste des images les rend inexploitables. Je ne parle même pas des originaux qui valent des milliers d'euros et qu'on ne peut entrevoir qu'après avoir répondu à des questionnaires de 6 kilomètres. Les reproductions présentées par les grandes bibliothèques comme la BNF, sont plus intéressantes. On peut s'amuser à y chercher les détails comme, par exemple, la petite île de la Réunion ... Ensuite il faut jongler avec les copies d'écran pour en faire quelque chose.

          Et puis, presque par hasard j'ai trouvé un site, THE site ! Je vous conseille d'aller y jeter un coup d'oeil.
          Un travail énorme, aucune fioriture, pas de pub, des définitions ( d'images ) géantes. L'auteur est discret, modeste, il écrit lui-même :
-"Je sais que mon site est moche" Non, non, faux ! Ce travail est formidable, "pile poil "ce que je cherchais: des documents sur lesquels on peut traquer les détails.

                         
 Voici l'adresse : http://cartanciennes.free.fr/liste_divers.php

          
C'est là-dedans que j'ai récupéré quelques cartes sur lesquelles j'ai trouvé "nout ti péi" avec ses différents noms ... Des trésors je vous dis, des trésors ... Voici quelques aperçus.

Depuis l'antiquité les grecs, grands voyageurs maritimes et grands érudits, dessinaient des cartes ... Au Moyen-Age puis à la Renaissance on a retrouvé certaines d'entres elles et on a les a rassemblées, recopiées, décorées. Les cartographes de l'époque on fait aussi des découvertes intéressantes sur les cartes arabes ...
A gauche , cette mappemonde date de 1482, elle a été dessinée à partir des fragments de la Cosmographie de Ptolémée.
Editée par Germanus Nicholas elle fait partie des trésors de la Bibliothèque Royale de Belgique.

          A droite , un zoom sur la " MARE INDICUM", l'océan Indien !
Un peu en-dessous de l'équateur le mot "Barbaricul" signale que c'est la côte des Barbares, sinon pire..
A la latitude du tropique du Capricorne c'est carrément la terra incognita, le mythique continent austral auquel on a cru jusqu'au XVIIIe siècle.
Il y a bien une île un peu au-dessous de ... cul, mais non, c'est pas la nôtre.                             On n'existe pas encore !

    La carte de Juan de la Cosa, vers 1500 ...
 La carte de Juan de la Cosa (1460 – 1510) est un planisphère dessiné en 1500 par l'explorateur, cartographe et conquistador espagnol Juan de la Cosa. Je ne sais pas pourquoi je vous en parle car on n’y trouve pas trace de nos îles. Elle contient par contre la première représentation connue des territoires récemment découverts dans le Nouveau Monde qui excite toutes les convoitises de l’époque. Ceci explique cela.

Juan de la Cosa a vraisemblablement dessiné cette carte au retour de son quatrième voyage en 1499-1500, à l'intention de Ferdinand II d'Aragon et d'Isabelle 1ère de Castille.
A l’est de l’Afrique, bien loin, on distingue 2 grandes îles ou des monstres marins. La définition des reproductions disponibles sur le net ne permet pas d’en déchiffrer les noms. Cette carte est exposée au Musée Naval de Madrid .… Si l’un de vous y passe, un croquis, une photo ? Merci d’avance.
 

Je demandais si quelqu'un aurait une carte avec une définition plus grande, hé bien, Eric C. a trouvé et m'a envoyé un mail :  
A l"attention de l"auteur "Histoire avant 1900"
concernant la carte de Juan de la Cosa année 1500, vous avez sollicité les internautes afin d'obtenir une meilleure définition du nom des 2 îles à l'Est de l'Afrique.
Après une visite du site Internet de la bibliothèque nationale d'Espagne à Madrid, l'ile sud est clairement identifiée comme étant Madagascar - voir pièce jointe = zoom avec une définition meilleure. La Réunion est peut-être l'une des figures (en vert ou orange) à droite de Madagascar. - Bonne reception    C. Eric

Voilà, il suffisait que j'aille fouiller sur le site de la bibliothèque nationale d'Espagne ... On lit bien Madagascar sur la carte de droite et forcément l'un des dessins dans le voisinage est la Réunion. Merci Eric! Sympa.

Planisphère de Cantino de 1502

C'est la plus ancienne carte qui répertorie les découvertes portuguaises. Elle porte le nom de l'espion du duc de Ferrare qui la recopia et la rapporta à Venise.
Les Mascareignes y sont représentées avant leur découverte officielle en 1512 / 13 par Pedro de Mascarenhas. Malgré la définition grossière on peut lire "Dina Morgabim" l'ancien nom arabe de l'île Bourbon.                              Cette carte est conservée à la
bibliothèque universitaire de Modène.

Sources : Wikipedia

Le planisphère de Waldseemüller (Martin), accompagné d’un traité de géographie en 52 feuillets a été publié à Saint-Dié dans les Vosges en 1507.

Cette reproduction en couleurs peut être vue à Saint-Dié-les-Vosges

Cette carte du monde a été réalisée par le procédé de xylographie ( gravure sur bois ) sur 12 panneaux de 430 x 590 mm pour une surface totale de 1290 mm x 2320 mm. Il n’est pas étonnant que le seul exemplaire ait été acquis par la bibliothèque du Congrès des Etats-Unis car ce planisphère mentionne pour la première fois le nom « America » sur une carte.
 

Sur le 11ème panneau, Madagascar et plusieurs autres îles voisines sont représentées :
« diba margabim », « dina morare » et « dina aroby » sont dessinées … Laquelle est la nôtre ?


1507/1508
Johann Ruysh
Du XII e à la fin du XV e siècle la Réunion et l'île Maurice ont d'abord été visitées par des marins malais, arabes, et européens. L'ensemble des îles comprenant : Rodrigues, Maurice et la Réunion a été nommé l’archipel des Mascareignes.
Au XVIe siècle.
Notre île fut découverte, inhabitée, par les Portugais qui lui ont donné le nom de Santa Appolonia, au début du 16ème siècle. En 1507 / 1508, elle figure sur le planisphère du géographe et cartographe Johann Ruysch ou Johannes Ruysch (1460 - 1533) sous le nom arabe de MARGABIN (Dina Margabim).
Il se dit aussi qu’elle était représentée sur une carte de Pedro Reinel datée de 1518 que je cherche encore...    

Cette carte est extraite d'un Atlas nautique portugais dit "Atlas Miller", aujourd'hui incomplet (il manque l'Afrique), conservé par la BNF, commandé par le roi du Portugal au cartographe Lopo Homem, maître des cartes nautiques du roi, et achevé en 1519 avec des enluminures attribuées en particulier au Hollandais Antonio de Holanda. C'est une représentation du monde à la veille du voyage de Magellan et toute à la gloire de l'expansion portugaise.
Comme vous pouvez le voir sur l'agrandissement, la Réunion y figure sous le nom de "Samta apelonya" et relativement à sa place.

Pour ceux qui sont intéressés par l'histoire je vous recommande une passionnante exposition de la Bibliothèque Nationale de France sur la mer en version vidéo ou images : http://expositions.bnf.fr/lamer/

Oronce Fine ? Vous vous souvenez ? C'est celui qui a dessiné le monde dans la tête d'un fou et la mappemonde en forme de coeur.
C'est encore lui qui a dessiné cette carte du continent austral qui a été publiée en
1531. A cette époque, tout le monde croyait à l'existence de ce continent qui devait forcément servir de contrepoids, sinon la terre aurait basculé, alors ...
Dans la zone agrandie, Madagascar est présente mais pas notre petite île. Manque de place peut-être.
Cette carte est conservée à la Bibliothèque Nationale du Brésil.

Source : BNF
Cette mappemonde dite doublement cordiforme, dessinée et gravée par Antonio Salamanca, capitaine de la Garde Suisse du pape à Rome (1478-1563?) a été publiée en 1564.
Outre sa forme très originale, on remarque l'Amérique du sud qui s'étire jusqu'au pôle sud.
Madagascar est relativement bien située. Les Mascareignes ne figurent. On peut aussi se demander quelle est cette île de Zanzibar à l'est de Madagascar.

Cette mappemonde "à l'envers", du dieppois Nicolas Deslien , date de 1566. Il y a placé le nord "en bas".
On y trouve représentée l’île de "Java-la-Grande" citée par Marco Polo, longtemps avancée comme une preuve de la découverte de l’Australie par des navigateurs portugais et des Espagnols.
Sur le zoom de droite, on remarque quelques îles approximatives à l'est de "S:Laurens", l'ancien nom de Madagascar. On peut penser que c'est nous.
Plus originale encore cette "Isle des géants" au sud-est de nos côtes ! Il s'agit d'une des îles utopiques qui figuraient sur bien des cartes de cette époque.
Cette mappemonde est conservée à la Bibliothèque Nationale de Paris.

Nous devons cette carte du monde qui date de 1587 à Abraham Ortelius , géographe, né à Anvers en 1527, mort en 1598. C'est lui qui a composé le premier atlas connu, sous le titre de Theatrum orbis terrarum, à Anvers, en 1570 ...
On remarquera que la croyance en un immense continent austral persiste. "Iuan de Lifboa", l'île imaginaire est présente, quelque-part au sud des Mascareignes. Madagascar s'appelle l'île S. Laurenty. Le secteur des Mascareignes est très approximatif et la distinction entre La Réunion et l'île Maurice est floue.

                  1590, ci-dessus, encore une carte surprenante.
                On peut lire sur le front de cette tête de fou "O caput elleboro dignum" qui peut se traduire par « il faut que je purge ma tête à l’ellébore ». Traduction locale: "Mon tête pli bon ou quoué ".

                Le visage de ce fou est une carte du monde appelée "Monde dans une tête de fou.
Cette oeuvre est attribuée à Oronce Fine ( 1494-1555 ), qui n'a pas l'air plus fou que ça sur l'image de gauche ...et a été publiée en 1590. Elle fait partie de la Collection d’Anville de la Bibliothèque Nationale de France.

               Oronce Fine fut le premier titulaire de la chaire de mathématiques du Collège Royal (vers 1532). Graveur, habile, astronome, astrologue, cartographe, il est aussi connu pour une carte du monde en forme de cœur.

               Cette carte est un témoignage de la croyance en l’existence d’un immense continent austral qui était encore tout à fait vivace au XVIIIe siècle. En 1749, dans le deuxième tome de son Histoire naturelle, Buffon (Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon) présentait par exemple l’état des connaissances de l’époque sur les terres australes de cette manière :
« Presque toutes les terres qui sont du côté du pôle antarctique nous sont inconnues ; on sait seulement qu’il y en a, et qu’elles sont séparées de tous les autres continents par l’Océan. […] Car ce qui nous reste à connaître du côté du pôle austral est si considérable, qu’on peut sans se tromper l’évaluer à plus du quart de la superficie du globe ; en sorte qu’il peut y avoir dans ces climats un continent terrestre aussi grand que l’Europe, l’Asie et l’Afrique, prises toutes trois ensemble ».

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur le mythique continent austral

http://blog.mondediplo.net/2008-02-07-Quand-les-geographes-cherchaient-leur-chemin#Le-continent-austral-un-mythe

Sur le zoom ci-contre, à l'est de Madagascar, que l'on appelait alors Ile Saint Laurent, on trouve S. Apollonia, l'ancien nom portugais de la Réunion.

Autre curiosité: l'île Juan de Lisboa, un peu au sud, qui n'a existé que dans les rêves des cartographes.

 

En 1536, Oronce Fine avait déjà dessiné cette mappemonde en forme de coeur dite cordiforme. Le supposé continent austral y occupe toute la partie inférieure. A l'est de Madagascar on distingue une seule grande île dont le nom n'est pas lisible.

Je suis un lecteur fidèle des numéros spéciaux insérés dans le JIR tous les dimanches qui sont réalisés par Daniel VAXELAIRE, .
Dans le numéro spécial , Le musée du Bon Roi Louis ( saison n°2 – numéro 13 ) on découvre un lieu pittoresque de Saint-Philippe …

« LA MAISON AUX MERVEILLES - VÉRITABLE BOÎTE AUX SOUVENIRS,
LE MUSÉE DU BON ROI LOUIS EST LE FRUIT DE DEUX PASSIONS...
Ils sont âgés, fatigués, mais passionnés. Pour trois sous (5 euros pour les adultes, 2 pour les enfants), ils vous distillent une visite de près de deux heures, où chaque objet a une histoire à raconter : Raphaël et Jacqueline Pirasse (née Payet, une fille du Tremblet) sont de ces héros modestes auxquels on rend trop peu hommage. Depuis plus de dix ans, dans une maison de bois et bardeaux qui est une des plus anciennes de Saint-Philippe (construite vers 1850), ils ont rassemblé une collection d'une incroyable richesse, dont ce numéro ne présente qu'une petite partie.
Si vous voulez en savoir plus, allez leur rendre visite (tous les jours sauf dimanche de 9 à 12 et de 14 à 16 h 30 ; téléphone : 0262 37 16 43 ou 37 12 98). C'est pas de la pub, mais de la reconnaissance. DV »

En page quatre, une carte : « Le plus vénérable objet du musée une carte de 1626 où l'on voit des Mascareignes approximatives. ».

Il n’en fallait pas plus pour aiguiser ma curiosité ; j’ai fait le déplacement. La réception par Mme et M. PIRASSE a été d’une touchante simplicité. J’ai pu faire des photos de la carte de 1626 en question.

Plus tard, grâce à internet j’ai pu retrouver plusieurs reproductions de cartes presque similaires qui permettent de situer leur origine et leur auteur.
Dans le cartouche en haut à droite on lit distinctement le nom G. Humble et c’est à partir de celui-ci que j’ai commencé mes recherches et découvert qu’il ne s’agit que du nom de l’éditeur … En réalité, le cartographe auteur de ce document n’est signalé que par deux initiales peu visibles : J.S..
J.S ; pour John Speed ( 1552 – 1629 ) qui est l’auteur de « Speed's Theatre of empire Great Britain », les cartes les plus anciennes de l’Angleterre. Peu avant sa mort, en 1627, il a aussi publié “A Prospect of the Most Famous Parts of the World” qui fut le premier Atlas publié par un Anglais.

Sur l’agrandissement on lit le nom de "Madagascar which is also called St. Laurence" (Saint Laurent). On trouve aussi « S. Apolonia » et légèrement au Sud-Est l’ « I. de Mafcarenhas ». Allez savoir laquelle des deux est l’actuelle Réunion,
trop haut, trop à l’est ?
Encore plus à l’est l’ « I. de Diego Ruiz » était sans doute l’actuelle Rodrigues.

Ci-dessous, deux cartes de John Speed datées de 1627 ( http://www.tooleys.co.uk/maps1.htm)

Cette carte de l'île Bourbon a été établie vers 1650 par le gouverneur de Fort-Dauphin, Etienne de Flacourt, sur les indications "de mémoire" de douze "ligueurs" qui y ont vécu exilés pendant trois ans.
La Ravine de Saint-Gilles y est située sous le nom de R.St. Gilles.

Cette carte a été publiée dans " Histoire de la Grande Isle de Madagascar " en 1658 à son retour d'un séjour à Madagascar de 1648 à 1655.

"Les estangs et rivières y fourmillent de poissons, il n'i a ni crocodile dans icelles, ni serpens nuisibles à l'hommes, ni insectes facheuses..."

Source: Mémorial de la Réunion ( Archives Départementales de la Réunion )

Clicanoo.re - publié le 9 novembre 2013 - 11h20 Tout est prêt pour la grande fête

La baie de Saint-Paul se prépare à accueillir demain le grand spectacle de l’anniversaire du peuplement. Plus de 500 personnes sont mobilisées pour orchestrer ce final très attendu.
saint-paul
Un tableau de danseurs face à la mer, des murs d’eau qui jaillissent de la scène. Avant-goût prometteur d’un dimanche de fête historique dans la baie de Saint-Paul. Les compagnies artistiques qui vont animer le 350e anniversaire de l’arrivée des premiers habitants étaient réunies hier soir pour une répétition générale. Sur scène, Dominique Marceau donne de la voix. Ultimes réglages, derniers ajustements après quatre mois de préparation pour les 170 danseurs et comédiens de "Terre de mer". “Un spectacle basé sur la découverte de l’île, le ressenti des premiers arrivants, explique le directeur artistique de la compagnie Korégrafic. C’est un beau projet de pouvoir faire travailler autant de monde en plein air. On a mis tout notre cœur. Au public de juger"
                                        Sept heures de festivités
Sur le front de mer, les employés communaux s’activent aussi. "Mobilisation générale", glisse un cadre. Presque tous les services de la mairie ont participé à la préparation logistique de cette manifestation d’ampleur. “On a fait en sorte que tout se passe bien. Vivement dimanche ?, commente l’élu Dominique Virama. Du préfet à l’évêque en passant par les représentants des consuls de l’Inde et de la Chine, de nombreux officiels sont attendus pour assister aux sept heures de festivités non-stop. Coup d’envoi dès 15 heures avec un défilé terrestre et maritime : 1 300 personnes pour la parade côté rue, 150 bateaux en mer - du ti canot au yacht - en direction du débarcadère, qui sera rebaptisé Place du peuplement.
Vers 16h30, le public assistera à une fresque musicale devant l’hôtel Laçay, œuvre d’une association de l’Eperon. À 18h30, place au spectacle de danse “Terre de mer ?, suivi d’un autre consacré à la genèse du maloya, (“Ma métisse ?, par la Compagnie Art mayage), avant le show son et lumière de l’association Eau’Z 2013, associant pyrotechnique et scénographie en 3D. Pour clôturer ce marathon, un kabar musical devant l’hôtel Laçay verra défiler Apolonia, Manyan, Kréolokoz, Danyèl Waro, Ti Fock, Oussanousava, etc.
Côté pratique, une partie du front de mer sera interdite à la circulation. Les services municipaux vous recommandent de stationner en centre-ville et le long de la Chaussée royale.    V.B.

Les 31/10/2013 et 29/10/2013 -2 mails de la mairie de Saint-Paul - Ambre Hoarau - Pôle Culture - 0262 70 28 04

Bonjour,

dans le cadre du 350éme Anniversaire du Peuplement de l'île, je vous informe par le présent mail, la tenue d'une Réunion de Coordination prévue pour le lundi 04 Novembre 2014 à 14h, à la Maison Serveaux, pour évoquer quelques points, notamment sur les prévisions météo. Bonjour, - dans le cadre de la Commémoration du 350ème Anniversaire du Peuplement de l'île le 10 novembre prochain, je vous informe par le présent mail la tenue de la Conférence de Presse qui se tiendra le jeudi 31 octobre 2013 à 14h30, place du Débarcadère.

Orange réunion - réunion Source : www.ipreunion.com - Publié le 25/10/2013 à 14h00 - Une fresque géante sur la façade de l’hôtel de Laçay à Saint-Paul - Le peuplement de La Réunion en 350 visages

Le 10 novembre prochain, la commune de Saint-Paul mettra les petits plats dans les grands pour commémorer le 350ème anniversaire du peuplement de La Réunion. Mais la célébration ne se limite pas à cette simple date, une foule d’autres manifestations étant organisées dans ce cadre, à l’image de la fresque de 350 portraits de Saint-Paulois installée sur la façade de l’hôtel Laçay, face à la baie du meilleur ancrage où les premiers habitants ont débarqué en 1663.
Ils ont les yeux tournés vers le passé. Vers cette baie où ont débarqué leurs premiers ancêtres il y a 350 ans. C’est ainsi dans leur histoire et dans celle du peuplement de la Réunion que ces visages de Saint-Paulois plongent leur regard, lancé depuis la façade de l’hôtel de Laçay. Intitulée "L’art pour donner un visage au peuple", cette exposition est une manière originale de commémorer l’anniversaire de 1663.

Mais ce n’est pas la seule. Outre les tables rondes et les conférences, plusieurs hommages au poète Leconte-de-Lisle entrent ainsi dans ce cadre, tout comme les animations de la Semén Kréol ou du Dipavali. Mais aussi le Breizh Kabar, spectacle de musique traditionnelle bretonne qui aura lieu du 26 octobre au 3 novembre, ou encore le spectacle " Li té ve war ", avec Davy Sicard et Daniel Waro, accompagnés de 40 enfants et adultes, de musiciens, de danseurs et comédiens, dont une représentation sera jouée le 20 novembre au théâtre Luc-Donat de Saint-Gilles.

Mais c’est bien la journée du 10 novembre qui sera le point d’orgue de ce 350ème anniversaire du peuplement. Des bateaux, barques et canots de toute l’île seront rassemblés dans la baie du meilleur ancrage et des associations saint-pauloises défileront pour refléter l’histoire du peuplement suivant un cycle chronologique. Côté animations, le public aura également droit au spectacle " Fénessans ", fresque historique musicale, à un spectacle nautique mêlant jets d’eau et laser, mais aussi à un grand kabar avec Apolonia, Manyan, Kreolokoz, Daniel Waro, Ti fock, Tiana, Afatia... Ce sera également l’occasion d’inaugurer la place du Peuplement de La Réunion, anciennement place du Débarcadère.

Clicanoo.re - publié le 25 janvier 2013 - 10h44 - Il y a 350 ans, débarquaient les premiers Réunionnais
St Paul - carte Flacourt St Paul - carte Champion
Le peuplement de la Réunion a débuté il y a 350 ans. La ville de Saint-Paul où tout a commencé s’apprête à célébrer cet anniversaire. Une année d’événements culturels et scientifiques au programme.
HISTOIRE
Novembre 1663, Louis Payen, un compagnon dont l’identité reste floue et dix domestiques malgaches mettent le pied sur l’île Bourbon tandis que leur bateau a jeté l’ancre en baie de Saint-Paul. Ils ne sont pas les premiers à débarquer, mais seront en revanche les premiers à ne plus repartir. Les premiers à faire souche sur l’île, les premiers Réunionnais. C’était il y a bientôt 350 ans et la ville de Saint-Paul ne pouvait donc passer à côté de cet anniversaire. Ainsi Huguette Bello a promis hier une année complète de célébrations et de travaux scientifiques.
"Saint-Paul, c’est la baie du meilleur ancrage, le berceau de tous les Réunionnais, le point d’arrivée de dizaines de milliers d’esclaves, le lieu de naissance de grands artistes, d’hommes de lettre, d’hommes d’affaires ingénieux. C’est l’histoire des hommes et des femmes qui ont bâti la Réunion", a notamment expliqué la député-maire pour souligner la légitimité de sa commune à fêter ce "tricentenaire et demi".
Des célébrations donc seront organisées tout au long de l’année. Le programme précis n’est pas encore connu mais on sait déjà que tous les rendez-vous saint-paulois de 2013 seront dédiés à la commémoration du peuplement.
Citons entre autres le nouvel an chinois qui viendra illustrer dans quelques semaines la mixité culturelle du peuple réunionnais dans l’histoire. La journée de la femme également sera consacrée aux trois femmes malgaches qui accompagnaient Louis Payen. Idem pour les journées de l’archéologie autour de la fameuse grotte de Saint-Paul et pour les journées du patrimoine.
En parallèle, la ville devrait recouvrir ses bâtiments communaux de fresques géantes retraçant l’histoire des Réunionnais.
Une exposition itinérante promènera également les portraits de 350 Saint-Paulois, anonymes mais représentatifs de la diversité du peuplement de l’île. Ce 350e anniversaire coïncide enfin avec la rénovation de plusieurs bâtiments historiques comme la poudrière ou l’hôtel Laçay qui seront ouverts au public et accueilleront divers événements.
Mais ces commémorations seront aussi l’occasion d’un important travail scientifique. Car de nombreuses zones d’ombre entourent encore les premières années du peuplement. Où les premiers colons permanents se sont-ils vraiment abrités ? Qui est la mère du premier enfant né sur l’île ?
Bien d’autres questions ne font aujourd’hui l’objet que d’hypothèses et de descriptions incertaines. Un comité d’historien doit être constitué pour tenter de produire, à l’issue de plusieurs conférences et tables rondes, une histoire, si ce n’est officielle, du moins consensuelle des premières années de la colonie.
Des fouilles archéologiques pourraient être menées en appui. La ville espère livrer les fruits de ces efforts en novembre à l’occasion de grandes cérémonies dont le détail reste à préciser     Romain Latournerie
Cette carte a été établie vers 1660 par Manesson Mallet à partir de la copie de la carte de Flacourt, ci-dessus. Elle a été publiée en 1685 dans un atlas "La Cosmographie de Mallet" .
Pour la première fois on y mentionne "H.St Gilles": habitation Saint-Gilles, une occupation humaine fixe.

- collection D. Ubertini - source Mémorial de la Réunion et divers
Un "Plan de l'isle de Bourbon" bien curieux puisqu'il est orienté Sud/Nord .
L'auteur ? Inconnu. La date? Estimée entre 1600 et 1700 ...
En bas à droite de la carte de gauche, à l'envers, on trouve la région de Saint-Paul / Saint-Gilles.
On y lit des noms familiers. "Quay housaye", "Pointe des aigrettes", "St.Gilles", "Pointe des chameaux" ...
Cette carte est conservée à la Bibliothèque Nationale de France.

Isola de Madagascar, o di San Lorenzo ( Saint Laurent )

Cette carte de 1695 a été dessinée par Coronelli Vincenzo. L'original est conservé à la Bibliothèque Nationale du Brésil.

On peut y lire que l'ïle Bourbon, "o de Mascaregne" a été découverte par les Portuguais et qu'elle est maintenant " habitata dalli francesi"

Dans l’incontournable « Du battant des lames au sommet des montagnes » de Catherine LAVAUX, au chapître de SAINT-GILLES LES BAINS on peut lire :
Toute proche de Saint-Paul, cette région est connue depuis les premiers temps de la colonisation. En effet, Francois Martin, passager du bateau l'Aigle Blanc, aborda la rivière Saint-Gilles le 20 juillet 1665.

«Le bas de la rivière était couvert d'oies et de poules d'eau, et le fond rempli de poissons»...

Et dans le Mémorial de la Réunion ...

 

Jacob de la Haye , commandant du « Navarre » et amiral de l’Escadre de Perse ( troisième tentative de colonisation ) fait escale devant Saint-Denis d’avril à juin 1671. Le 1er mai 1671, à bord de la grande chaloupe du « Navarre », accompagné de quelques officiers et soldats il se rend à Saint-Paul. L’amiral laisse ses hommes chasser et pêcher dans l’étang pour assurer le ravitaillement et part à Saint-Gilles afin d’examiner sur place la faisabilité d’un port dans l’embouchure de la rivière. Il rentre déçu…
Source : Mémorial de la Réunion

Au mois de mai 1704, arrive à Bourbon à bord du "Marchand des Indes" un envoyé de la Compagnie chargé d'explorer l'île et d'en dresser la carte. Jean Feuilley restera un an à alterner les expéditions dans toutes les régions. Afin de déterminer un emplacement idéal pour établir un port il sondera l'embouchure de la ravine Saint-Gilles et l'étang mais sa préférence ira plutôt à l'embouchure de la rivière la rivière d'Abord.Les relevés de ces observations sont aux Archives Nationales.
Source: Mémorial de la Réunion

A l'occasion de son voyage vers les Indes à bord du "Saint-Louis", le chevalier Hébert fait une escale à Bourbon en 1708. Il signale qu'on y pratique la pêche à Saint-Gilles. On prend du "poisson d'ail" et des raies.
Source : Mémorial de la Réunion

 

Jean Baptiste Bourguignon d'Anville ( 1697 - 1782 ) est l'auteur vers 1750 de cette carte manuscrite de l'Ile Bourbon.
Sur le zoom on remarque, autour de "S Gilles", des localisations de lieux qui nous sont familières.

Tiens, tiens, J.B. d'Anville écrivait "Hermitage" avec un H, comme celui qui corrige régulièrement les panneaux de signalisation à l'Ermitage ...

Source : BNF
    

Cette carte, conservée au Musée Maritime de Greenwich, représente l'Isle Bourbon. Elle a été commandée par le duc de Choiseul au cartographe Jacques Nicolas Bellin ( 1703 - 1772 ) et publiée en 1763 -
Sur le zoom de la côte ouest sont notés la Pointe d'Anjou, La Pointe de Berry, l'ance St-Gilles, la Rivière St. Gilles. La barrière de corail est dessinée. Quelques petits rectangles noirs figurent des lieux d'habitation.

1772 - Carte réduite de l'Ocean Oriental ou Mer des Indes : pour servir aux vaisseaux du roy / ordre de M. de Machault garde des sceaux / M. Bellin Ingénieur de la Marine (1703-1772).
Cette carte est conservée à la Library of Australia.
On y remarque l'Ile Bourbon avec S.Paul et S.Denis, l'Ile de France avec Port Louis, l'Ile Ronde ...
Plus au nord, l'Ile de Sable ( peut-êtreTromelin) et "Anga Say, selon quelqu'un". Une remarque utile, non ?

Cette carte de l'Île Bourbon date de 1780. Elle fait partie d’un ensemble des « Cartes des Mascareignes » dessinées par Rigobert BONNE (1727-1795), hydrographe de la Marine. Ni Saint-Gilles, ni la Ravine Saint-Gilles n’y sont mentionnés alors qu’ils figurent sur des cartes antérieures. Aux environs de Saint-Gilles on a placé la Pte de Bourgogne et la Pte de Berry, des dénominations aujourd’hui abandonnées.
Des "habitations" sont dessinées sur la berge droite de la ravine "les trois Bassins" ??? Ne s'agirait-il pas d'une confusion avec la Ravine Saint-Gilles ?

Repère : Toutes les « Compagnies », gestionnaires de l’Ile Bourbon depuis 1642, ont connu le fond du gouffre financier. Elles ont fini par rétrocéder les Mascareignes au roi de France en 1767…

Sources : MEMORIAL de la Réunion- tome II – page 14
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1802, une carte de Lislet-Geoffroy
Cette carte de l'Île Bourbon, qui date de 1802, est attribuée à Jean Baptiste Lislet-Geoffroy.
Ce "libre de couleur" connut un destin exceptionnel car, né sous le règne de la Compagnie des Indes d’une mère qui était arrivée à l’Ile de France sur un bateau négrier, il a réussi à faire partie de l’élite intellectuelle dans une société où la couleur de la peau tenait lieu d’état civil. Il a collaboré avec bon nombre des plus grands savants de son époque.
Sur le détail de la carte on remarquera les noms de lieux presque tels que nous les connaissons de nos jours : Pte à Houssaye, Pte des Aigrettes, Saint-Gilles, Pte du Chameau…

Sources : MEMORIAL de la Réunion- tome II – page 83        
Pour en savoir davantage sur cette carte : http://sciencesecole.ac-reunion.fr/html/botanique/bory.htm

Le 26 septembre 1809, les Anglais attaquent l’île BONAPARTE.

« Général, vos pressentiments tant sur la rade que sur le territoire de Saint-Paul n’étaient que trop fondés ; nous y avons éprouvé des malheurs inouïs. L’ennemi occupe une partie de Saint-Paul ; il s’est emparé de tous nos vaisseaux, il a incendié les magasins de l’état et le riche dépôt qu’ils contenaient, le jour même de l’arrivée de la garde nationale du vent. Bientôt après son arrivée, ce secours reçut un ordre de marche rétrograde…
« La garde nationale du Vent est en ce moment cantonnée et casernée à Saint-Denis. J’apprends en y arrivant hier au soir qu’il a été fait une capitulation à Saint-Paul, qu’elle a été rejetée par les principaux militaires, et enfin que le délai de trois jours, accordé pour la ratification du général qui n’existe plus, expire aujourd’hui. Déjà nous sommes en vue devant Saint-Denis deux frégates… »

Nous sommes le 26 septembre 1809 et celui qui écrit ce billet est le sous-préfet MARCHANT. Il rend compte au gouverneur DECAEN, établi à l’île de France, de la situation embarrassante dans laquelle se trouve la côte sous le vent après l’attaque de la flotte anglaise. Tout a commencé par un débarquement le 20 septembre au sud de la rivière des galets, suivi par une marche en trois colonnes et une attaque de Saint-Paul facilitée par la passivité de la population. La garde nationale, sous les ordres du commandant d’armes, SAINT-MIHIEL, a d’abord engagé le feu avec des forces dérisoires, puis s’est retranchée autour de la poudrière et réclame des renforts. La garde nationale au vent fait sa jonction mais le gouverneur DES-BRUSLYS lui demande de se replier sur Saint-Denis… Le lendemain, DES-BRUSLYS se suicide.

Mais en quoi Saint-Gilles est-elle concernée par ces évènements ? Et bien le 03 octobre, c’est là même que les Anglais ont débarqué quelques douzaines d’hommes dans le but de rallier Saint-Paul par le sud pour prêter main forte au gros de la troupe.
Le chef de poste de la batterie a été abandonné par ses hommes. Aidé par un seul canonnier il n’a pas imaginé d’autre solution que d’enclouer * ses pièces à feu et de prendre la fuite. Pas une seule bordée n’a inquiété les « godons », vraisemblablement de peur d’essuyer une riposte!
Finalement les Anglais ne resteront que jusqu’au 07 octobre à Saint-Paul… Ce n’était qu’un coup d’essai mais ils reviendront l’année suivante.

* On rendait inutilisable un canon en bouchant la lumière, c’est à dire le trou, par lequel on mettait le feu à la poudre.

Cette gravure du débarquement de Saint-Paul est une image assez fidèle de ce qui s’est passé devant les Roches-Noires le 03 octobre 1809 ( il y a à peine 200 ans ).

La bouée ressemble étrangement à celles que l'on peut voir de nos jours...

(Sources : Mary Evans Picture Library, Londres)
Sources : MEMORIAL DE LA REUNION tome II pages 252 à 267

CLICANOO.COM | Publié le 19 septembre 2009 - Il y a 200 ans, les Anglais attaquaient la ville

SAINT-PAUL. Le 21 septembre 1809, une attaque anglaise mettait la ville de Saint-Paul à feu et à sang. Trois historiens ont décidé de commémorer cet épisode peu connu de l’histoire de notre île, en installant une stèle dans la forêt de l’étang Saint-Paul.

21 septembre 1809. Une escadre anglaise de six navires apparaît au large de Saint-Paul. Près de 600 soldats débarquent à l’embouchure de la Rivière-des-Galets, s’emparent de la vigie du Piton, et foncent en ordre de bataille vers le front de mer et la ville de Saint-Paul. Effrayée, une grande partie de la population s’enfuit dans les Hauts, les notables abandonnent leurs demeures ; même les esclaves, affectés aux batteries de défense, désertent et se rangent aux côtés des Anglais. Le commandant militaire de la commune, un certain Saint-Mihiel organise une riposte, mais ses 200 hommes sont vite dépassés par l’avancée anglaise. Les renforts en provenance de Saint-Denis ne suffisent pas à inverser la donne. Les Anglais mettent une partie de la ville à feu et à sang. Le gouverneur de l’époque, des Brulys, se rend sur place et établit son quartier général chez M. Dennemont, à Bellemène. Mais sa stratégie tourne court, sous la double pression des Anglais, qui lui demandent de renoncer au combat sous peine de détruire entièrement la ville, et celle des notables, inquiets pour leurs biens, qui le supplient de renoncer à la lutte. Les troupes françaises finissent par déposer les armes, le 23 septembre. Le bilan des affrontements fait état de 150 à 200 morts. Deux jours plus tard, accablé par le déshonneur, le gouverneur des Brulys se donne la mort.
                                                                                                 UNE STÈLE INAUGUREE CE MATIN
“Faute de trace écrite, cet épisode tragique est très peu connu des Saint-Paulois, explique l’historien Alexis Miranville. Pourtant ce morceau d’histoire a concerné directement et sans distinction toutes les catégories de population de l’époque, sur le sol saint-paulois.” La commune conserve d’ailleurs de nombreux vestiges de ce passé militaire : des noms de rue (impasse La batterie, chemin des Quatre-canons à Grande-Fontaine), la poudrière de Bellemène — plus ancien bâtiment de l’île — l’hôtel de ville qui fût utilisé comme caserne par les soldats anglais, ou encore des batteries côtières enfouies dans la baie. Deux cents ans après, les historiens Alexis Miranville, Bernard Marek et Olivier Fontaine ont pris l’initiative de commémorer l’attaque anglaise de Saint-Paul, en faisant installer une stèle dans la forêt domaniale de l’étang, là même où les premiers combats ont débuté. Le monument, réalisé par l’artiste Dolène Fuma, sera inauguré ce matin. Cet après-midi, de 13 h 30 à 18 h 30, une conférence-débat retraçant le déroulement de l’offensive se tiendra en salle Leconte-de-Lisle. Alexis Miranville invite les instituteurs et professeurs d’histoire de la commune à y assister, “pour transmettre cette histoire aux nouvelles générations”. Une exposition retraçant l’événement, est également visible jusqu’à 6 octobre sur la façade de l’école Eugène-Dayot, de l’ancien collège de Saint-Paul et de l’hôtel Lacay. Hier, jour de marché forain, les touristes étaient nombreux à s’attarder devant les panneaux.                     V.B.

J’ai trouvé cette magnifique carte de notre île sur le site qui révèle la collection « David Rumsey » accessible à partir du site « LEXILOGOS ». Elle est présentée sous un titre quelque peu ésotérique pour le profane des finesses de l’archivage que je suis.

« Carte encyprotype de l’Afrique. Ile de France réduite du voyage de Mr HIBERT. Ile Bourbon réduite de la carte de Mr BORY DE SAINT-VINCENT. Dédiée et présentée a S.A.R. Monsieur, Comte d’Artois. Par H.BRUE, Ingénier Géographe. H.BRUE dirext. A Paris, chez DESRAY … (et), J.GOUJON …, 1814.

J’aurais au moins appris un mot : encyprotype qui signifie : gravé sur cuivre…
 

Sinon, nous devons la petite carte de l’île Bourbon a BORY de SAINT –VINCENT ( qui a séjourné à Bourbon en 1801 et s’est surtout passionnée pour le volcan ) . Celle-ci figurait à côté de la carte de l’île de France en bas, à gauche de la carte d’Afrique du « Grand Atlas Universel » comme le montre la première image.
Sur l’agrandissement de la région de Saint-Gilles on remarque des noms encore en usage de nos jours avec des orthographes exotiques, qui ont été révisées depuis comme "R. de St. Giles et Pte du Quai Houssaie".
On peut aussi remarquer la finesse avec laquelle la barrière de corail est dessinée.
On n’a fait apparaître aucune trace d’habitation à l’embouchure de la ravine Saint-Gilles alors que les bâtiments sont matérialisés à Saint-Paul.

Du battant des lames au sommet des montagnes ( suite)

... Mais, Saint-Gilles, isolé de Saint-Paul par le rempart du Cap Champagne, resta longtemps un tout petit village de pêcheurs, sur la grande concession Desbassyns. On y accédait uniquement par mer ou par un chemin de terre qui descendait de Saint-Gilles les Hauts et traversant les écarts de Tamatave et de l'Eperon, arrivait au cœur du village. C'est l'actuelle route qui après le théâtre oblique vers la gauche et arrive en face de chez «Loulou».
Voici comment Auguste Billiard nous décrit Saint-Gilles :
1817 :
«Si on arrive au bord des remparts qui enclosent l'entrée de Saint-Gilles, combien l'œil est agréablement surpris en découvrant au fond de l'encaissement qui s'élargit, un tapis de la plus riche verdure, des groupes de cocotiers qui s'élancent avec une vigueur étonnante. Quelques petites cases paraissent à peine sous d'épais ombrages. On va à Saint-Gilles en partie de plaisir, la pêche y est fort agréable; on y mange au mois d'avril des dattes excellentes auxquelles celles de Saint-Paul sont les seules à comparer. Traverser avec beaucoup de fatigue un désert aride pour se trouver tout d'un coup dans un endroit délicieux a quelque chose qui plaît à mon imagination».

Jusqu'à la moitié du XXe siècle, l'histoire de Saint-Gilles est liée à celle de Saint-Gilles les Hauts.
Sur un plan que possèdent toujours les descendants de Madame Desbassyns figure, sur l'actuel emplacement de l'église, une case en chaume et un magasin en pierre dans lequel on entreposait le sucre avant de l'embarquer à la «marine» ( lire ci-dessous) dont les Roches Noires sont des vestiges. Ce magasin est toujours là, il servit longtemps d'église au village et abrite maintenant les enfants du catéchisme.
Sur ce plan on voit aussi le four à chaux (actuel Club Nautique de Bourbon). Deux
batteries
( lire ci-dessous)
protégeant la baie étaient situées de chaque côté de la place avec une poudrière ; quelques vieilles pierres au milieu des constructions nouvelles en sont les seuls vestiges.
Les terres du littoral étaient cultivées en coton et quelques arbustes subsistent entre la mer et la route nationale aux alentours de la villa de la Préfecture, la villa Bourbon. On raconte qu'avec les cotons de Saint-Gilles, Madame Desbassyns avait fait faire une nappe de très grande dimension et que divisée en morceaux de plus en plus petits entre ses héritiers, elle est devenue un souvenir pour chacun d'entre eux.
Il y avait aussi de très beaux vergers arrosés par l'eau de la ravine Saint-Gilles.

Les marines.

Illustration: La marine de Saint Denis vers 1880. Source Archives de l'Outremer - Archives Nationales.

Dès l’origine de l’activité maritime à Bourbon, jusqu’au début du XIXe siècle le débarquement et l’embarquement des hommes et des marchandises se fait à même la plage, dans la plupart des lieux de mouillage, aux endroits les plus faciles d’accès pour accoster et que l’on appelle les marines. Les hommes doivent se contenter de rades de fortune pour les opérations de chargement et de déchargement des navires. Le violent ressac qui sévit fréquemment sur le littoral rend ce travail difficile et dangereux. Mahé de Labourdonnais fait construire en 1738 un premier pont volant à Saint-Denis afin d’éviter aux chaloupes le franchissement de la barre qui se brise sur les galets. Au milieu du XIXe siècle avec l’essor de la culture sucrière, les ponts de débarcadères se multiplient partout autour de l’île, car les routes étant mauvaises et le franchissement des ravines malaisé, le transport par voie de terre jusqu’aux rades principales coûte cher. Partout où la côte permet une approche du rivage moins risquée pour les embarcations, des ponts débarcadères sont construits. Quand la mer ne les détruit pas, elle les endommage constamment, il faut donc les entretenir et les réparer souvent. Pour la construction des premiers ponts débarcadères, on utilise surtout du bois, matériau peu cher et facilement remplaçable, mais certains finissent par posséder une structure de métal, et parfois de pierre.
Saint-Gilles n'a jamais possédé qu'une "marine" rudimentaire au lieu dit " Les Roches Noires"

Les batteries   

A partir de 1735, la Compagnie des Indes fortifie l’île en érigeant des batteries de canons le long des côtes pour protéger les navires au mouillage et empêcher le débarquement d’une armée ennemie. Les batteries les plus importantes gardent les mouillages de Saint-Denis et de Saint-Paul mais on en trouve également à Saint-Pierre, Saint-Leu, Saint-Gilles, La Possession, Sainte Marie, Sainte Suzanne, Saint-Benoît et Sainte Rose. La majorité de ces fortifications, construites en maçonnerie ou en fascines, sont établies en bordure de mer et elles pointent toutes leurs canons vers le large. Pour se défendre Bourbon dispose aussi de quelques troupes de métier, la plupart établies dans les rades de Saint-Denis et de Saint-Paul.Afin de repousser toute attaque venue de la mer, l’île doit surtout compter sur une milice d’habitants créé à la fin XVIIe siècle et composée de tous les colons en âge de se battre. A partir de 1767 les libres de couleurs deviennent également membres de cette milice. Mais l’ensemble de ces troupes pauvrement armées et peu motivées, ajoutées aux fortifications côtières insuffisantes et mal entretenues, rendent finalement le système de défense de Bourbon très vulnérable.

Nous sommes en 1803. Le gouverneur général Decaen s’est installé à l’Ile de France ( Ile Maurice) alors que l’Île de la Réunion ( qui prendra le nom d’île Bonaparte en 1806 ) est dirigée par le commandant Magallon. Le premier souci de celui-ci est de remettre en état le système défensif côtier. Il écrit dès le 29 octobre 1803 :
« Une de mes premières attentions, dans les circonstances actuelles, s’est naturellement portée sur la défense de cette colonie. Je n’y ai trouvé que des ruines (…) J’ai senti qu’il fallait me réduire à courir au plus pressé (…).
« Sous peu de jours, Saint-Denis, le point principal de l’île sera dans un état provisoire de défense. Après Saint-Denis, le second point capital est Saint-Paul (…) je porterai mes moyens sur Saint-Paul pour le mettre provisoirement à l’abry d’un coup de main ou des insolences d’un corsaire… »

« Les circonstances actuelles » auxquelles Magallon fait allusion, ce sont les querelles qui ont repris avec l’Angleterre malgré la signature du traité d’Amiens qui mettait fin à dix années de conflit le 26 juin 1802. Les « défenses » dont il est question ici ce sont des batteries de canons seul moyen de repousser une attaque venue de la mer ou de s’opposer à un débarquement.
Quelques mois plus tard, il ne semble pas que les habitants de la Réunion aient toujours bien compris l’intérêt d’une défense sérieuse : Magallon écrit au gouverneur Decaen qu’étant
« parti à onze heures du soir pour faire en personne la visite de (ses) postes et batteries dans l’espace de trois heures (il a) eu le déplaisir de trouver tous les postes incomplets, endormis et sans sentinelles » ( Archives de la Réunion, L 108 )

Pour ce qui nous intéresse, deux des 23 batteries ont été installées à Saint-Gilles. Faiblement équipées elles se composaient vraisemblablement d’un simple muret en arc de cercle ouvert sur l’arrière et n'entourant pas plus d'une dizaine de pièces d’artillerie parmi les 230 que totalisait l’île. Quand on sait qu’un seul vaisseau pouvait emporter plus de 80 bouches à feu, on comprend le caractère illusoire des défenses de l’île.
L’histoire ne dit pas si ce sont les batteries de Saint-Gilles qui furent l’objet des remarques désabusées de Magallon lors de son inspection surprise !

Les batteries ...

Je viens de découvrir le plan de situation de la batterie qui défendait Saint-Gilles. L'unique pièce était donc bien installée à l'emplacement actuel du club de voile.
Et quand on parle de défendre ... il faut se souvenir que lors de l'attaque des Anglais le 03 octobre 1809 la batterie est restée muette. Abandonné par ses hommes, le chef de poste n'a eu d'autre solution que d'"enclouer" sa pièce et de courir.

On remarquera l'orthographe originale et le drôle de G majuscule ...
A l'époque on pouvait parler de " rivière Saint-Gilles " car elle coulait en permanence.

Sources: Mémoires Océanes ( Inventaire ) - collection CAOM

1820 - On a débarqué des esclaves à Saint-Gilles.


« Le prévenu, sieur Panon, commandant l’Espoir. Il a déclaré au tribunal avoir pris à Tamatave , pour son propre compte, 172 noirs, les avoir embarqués avec l’intention bien formelle de les mettre à terre à Saint-Gilles ; qu’il n’en était qu’à une lieue ½ lorsqu’il a été aperçu par la frégate de S.M. le Lys, qu’il a cherché à fuir, mais qu’il a été capturé à trois lieues de terre (…) Le tribunal, attendu que l’Espoir a été pris sous pavillon anglais à trois lieues de terre, s’est déclaré d’office incompétent ! »

Ce courrier du gouverneur Milius ( 1818 – 1821 ) atteste que Saint-Gilles a été le site de débarquements clandestins de cargaisons d’esclaves. Le navire négrier , l’Espoir, s’est fait prendre le 14 octobre 1820 sans avoir pu décharger sa cargaison. En août de la même année il avait réussi son coup, avec 50 esclaves introduits en fraude, et pourtant devant le tribunal il s’en est tiré à bon compte.
Le gouverneur dénonce la complaisance avérée, sinon la complicité, des tribunaux dans la traite des esclaves pourtant abolie par la Convention en 1794. Même si Bonaparte a rétabli la traite en 1802 les Anglais l’ont à nouveau interdite en 1811 dans toutes les îles Mascareignes. La répression est si peu énergique que le trafic a repris d’abord clandestinement puis ouvertement en 1815 à la rétrocession de l’île à la France. Cette traite clandestine est restée florissante jusqu’en 1831… Ainsi la goélette « L’Antoinette » capturée dans la nuit du 13 au 14 août de cette année là « à l’endroit nommé le Cap La Houssaye par la douane de Saint-Paul » transportait 66 noirs « manquant de tout et dans l’état le plus déplorable »…
Les esclaves saisis étaient incorporés d’office à l’Atelier colonial, un procédé guère plus moral. Au moins n’a-t-on jamais eu de témoignage aussi terrible que celui que révèle la gravure d'illustration parue en 1836… bien que le capitaine des « Deux Amis » ait été soupçonné en 1819 d’une telle horreur pour tenter d’échapper à ses poursuivants.

D’après LE MEMORIAL DE LA REUNION tome II – La fin des négriers – p 392.

Gabriel GERARD, ancien notaire, a mené des recherches pendant de longues années. A la fin de sa vie il a rassemblé le fruit de ses travaux dans un document ronéotypé destiné à ses enfants. C'est ce document qui a servi à la réalisation du "guide illustré" publié en 1970.
A la page 266 on peut lire quelques lignes sur les origines de l'agglomération et sur le port de Saint-Gilles.
" L'idée de la création d'un port à Saint-Gilles est ancienne. En effet les premières fouilles furent entreprises en 1819. Repris en 1835 et 1840, les travaux dirigés par Schneider et Siou durent être abandonnés en raison des apports de sables coralliens. Le port actuel a été créé en trois ans.
On parle du "port de Saint-Gilles" en 1838

Dans le tome II du Mémorial de la Réunion on trouve le chapitre « La misère des Petits Blancs » dont le titre est éloquent...
Vers 1834, la société de l’île se divise en trois classes :
1 – Les esclaves, employés à la culture, aux arts et métiers et à la domesticité.
2 – Les blancs ou libres , propriétaires, commerçants, ouvriers, artisans ou exerçant une industrie quelconque.
3 – Les blancs ou libres n’ayant ni propriété, ni métier, ni art, ni industrie , n’ayant même aucun moyen d’existence.
Ces « pauvres Blancs », qu’on appellera « Petits Blancs », de plus en plus nombreux, vont être le grand souci des administrateurs dans la première moitié du XIXe siècle. Ils sont deux fois plus nombreux que les Blancs actifs et vivent dans une indigence totale et dans un vagabondage quasi sauvage qui évoque « les gueux parcourant les campagnes françaises à la fin du Moyen-Age ». Dans les rapports de l’époque, cette population est qualifiée de «dégénérée» et «paresseuse». Par le peuplement et la mise en valeur des Hauts on tentera d’apporter une solution à ce problème.
C’est en 1838, dans un rapport « Notices stat
istiques sur les colonies françaises » qu’on utilise pour la première fois l’expression « petits Blancs ». Selon l’auteur, toutes les tentatives pour « fournir des moyens d’existence » aux blancs indigents qui représentent les deux tiers de la population blanche, n’ont été que des échecs. Toujours en 1838, un autre rapport, que l’on attribue au gouverneur De Hell décrit la vie misérable de cette population.

« Parmi la population de Bourbon, je dois signaler une classe particulière ; elle est connue sous le nom de petits blancs ; elle forme une partie nombreuse de libres et s’accroît avec une grande rapidité par les naissances, par les familles aisées qui tombent dans la misère, et enfin par les affranchissements.
« …ils habitent toutes les parties de l’Ile et n’ont généralement point de propriétés ; tout au plus, quelques arpents de terre et une mauvaise case et c’est le plus petit nombre qui se trouve dans cette position. Ils s’adonnent à la chasse et à la pêche qui ne leur fournissent que des moyens d’existence peu assurés. Fiers de se croire blancs, ils ne se livrent qu’avec répugnance aux travaux de l’agriculture.
« Quelques-uns cependant ont commencé à s’occuper. Quelques-uns sont charetiers, une vingtaine est employée à l’extraction des blocs pour le port de Saint-Gilles, quelques-uns … »

Le port de Saint-Gilles ? Quel port de Saint-Gilles en 1838 ? Ce terme désigne vraisemblablement la «marine» à partir de laquelle étaient expédiées les productions agricoles des environs. Les « blocs » cités dans le rapport étaient-ils taillés dans le corail ? Etaient-ils taillés au pied de la falaise puis transportés sur le site ? Des interrogations qui subsistent.

1852 / 2008 D'hier à aujourd'hui, la baie de Saint-Paul, à deux bords de chez nous.
En 1852 paraissait l’Album de la Réunion qui regroupait les lithographies d’Antoine ROUSSIN. Sur cette vue de la rade de Saint-Paul figurait le débarcadère qui servait au déchargement des navires et le mât de pavillons à partir duquel on transmettait les alertes. Sur le front de mer on peut voir l’hôtel Laçay un des rares bâtiments en pierre à cette époque.
En 2007, sur la plage, à l'arrière plan, on distingue les vestiges du débarcadère en ruine depuis longtemps, et l’héliport renversé par la houle qui a ravagé le littoral en mai. On a dû déplacer en toute hâte le monument commémorant l’esclavage.

Le 23 mai 2008, le débarcadère nouveau sort de terre ou de l’eau, c’est selon. Des tonnes de fer et de béton pour un grand tablier où l’on pourra respirer la brise du large en flânant et un ponton de débarquement sur lequel se croiseront bientôt les touristes des cinq continents. L’hôtel Laçay est toujours à sa place.


Qui va lancer l’idée de reconstruire le mât de pavillons ? Ca aurait de la gueule, non ?

 

Il y a quelques jours on vous parlait du futur débarcadère de Saint-Paul. Le 12 juin 2008, le Quotidien publie un article qui nous dévoile l'aspect technique du chantier.

Les travaux du futur débarcadère sur le front de mer de Saint-Paul avancent à bon train. La phase délicate du battage des pieux en acier est terminée. Reste à poser le tablier.

Dans l'ombre du viaduc de Saint Paul, un autre chantier attire tous les regards le long de la baie du meilleur ancrage. Au point qu'une partie des Saint-Paulois se sont déjà appropriés cet ouvrage dont la construction a débuté en janvier. Ainsi, dès la fermeture du chantier du débarcadère le soir et le week-end, il est envahi par les pêcheurs et les flâneurs.
Edifié en lieu et place de l'ancien ponton dont il ne restait que quelques vestiges rouilles, cet équipement constitue le premier volet du vaste programme de restructuration du front de mer dont la maîtrise d'ouvrage est assurée par la Sedre.
Un précision s'impose pour lever toute ambiguïté : l'ouvrage en béton qui est visible depuis la plage est un ouvrage provisoire. « Contrairement à ce que tout le monde pense explique Frédéric Bouquillard de la Sedre, il ne s'agit pas du débarcadère final mais d'un aménagement de chantier qui permet aux entreprises de travailler au sec. Une « estacade » comme on dit dans le jargon. Le débarcadèer, le vrai, avance en parallèle. «Et les travaux sont conformes à la feuille de route » ajoute Frédéric Bouquillard.
« Demain soir, la phase délicate du battage des pieux en acier sera terminée », annonce fièrement Damien Raux, le chef de chantier pour l'entreprise Leduc. Et il montre derrière lui la cinquantaine de pieux en acier creux de 15 à 19m qui ont été plantés et alignés dans le sable noir de la baie. Ils constitueront les pieds du futur débarcadère.
«Les pieux ont été positionnés à l'aide d'un. engin particulier - une vibrofonceuse - et par une masse mécanique lorsqu'il y avait du rocheux. »
Une nouvelle, phase va pouvoir débuter : la construction du tablier métallique sur lequel prendra place un ponton en bois.«La partie la plus délicate concernera le ponton inférieur, ajoute Frédéric Bouquillard. Il faudra travailler près de l’eau, les travaux seront dépendants de la météo.»
Rappelons que le débarcadère, long de 124 mètres, a été conçu sur deux niveaux : une partie supérieure dédiée aux promeneurs et un étage inférieur réservé aux bateaux.
Si tout va bien, l'ouvrage devrait être achevé en octobre. Restera plus qu'à terminer; l'accès qui se fera par la future place du débarcadère.
« Cette place conditionne la mise en service du débarcadère, précise le maître d'ouvrage. Elle devrait être terminée entre septembre et décembre.
Les appels d'offres s'apprêtent à être lancés. « Cette place, dont une partie avait été avalée par la houle, aura de solides fondations sur pilotis. Le revêtement sera en basalte et nous avons opté pour un éclairage d'ambiance soigné.»
La place accueillera en son centre le monument, en mémoire de l'esclavage abîmé lors de l'épisode de Gamède. Il est en cours de restauration.
Au final, le débarcadère 'pourrait accueillir ses premiers flâneurs et ses premiers bateaux avant la fin de l'année. Du moins si aucun écueil ne vient se heurter au bon déroulement des travaux car depuis trois ans, le projet a connu plusieurs remous.
Ce sont d'abord, en 2005, les services de l'Etat qui ont obligé la ville à faire une demande de concession au lieu de la demande temporaire, du domaine maritime. Procédure plus lourde qui a obligé l'organisation à réaliser une enquête publique. En 2006, c'est la Drac qui a. émis un avis réservé arguant que le futur 'débarcadère allait faire disparaître les derniers vestiges de
son ancêtre datant de 1844.
Enfin, l'année dernière, c'est la forte houle, générée par Gamède qui a remis, en question certains aspects techniques du dossier. De quoi rester prudent dans la date de livraison.                       LB

( mai 2009 ) J'ai trouvé 4 vues intéressantes du débarcadère (la marine) de Saint-Paul dans le passé. Je persiste à penser que ce serait "classieux" de restaurer le mât de pavillons, non ?

L'Hôtel Laçay ( Lassay ? ), le mât de pavillons et le débarcadère ( marine ) de Saint-Paul vers 1847.

lithographie de L.A. Roussin

La baie de Saint-Paul, les navires au mouillage, la marine, le mât de pavillons et le débarcadère de Saint Paul vers 1847.

lithographie de L.A. Roussin

Le plan qui formalise les "Pas du Roi" au niveau de la marine de Saint-Paul en 1898.
Le débarcadère ( marine ) de Saint-Paul vers 1900
Retrouvez le destin du débarcadère de la baie de Saint Paul       ici
Extrait de "Du volcan à Saint-Paul (1862) - Marc KICHENAPANAÏDOU - Groupe de Recherches sur l'Archéologie Et l'Histoire de la Terre Réunionnaise - L'Archipel - N° 38 - Juin 2007.

Louis Laurent SIMONIN a traversé toute l'île de long en large, 14 ans après l'abolition de l'esclavage, en 1861 ou 62... Il est passé à Saint-Gilles.

« De Saint-Leu à Saint-Paul, la route traverse une série de ravines aux anfractuosités pittoresques semées de bouquets .de bambous. Elle s'élève sur une forte rampe, attachée au flanc des coteaux qui bordent bordent cette partie du rivage. La plupart des savanes se prolongent jusqu'à la mer et ne sont pas encore défrichées. Le petit village de Saint-Gilles, caché sur le rivage, à l'entrée d'une gorge profonde, ne vit presque que de la pêche. En été on y prend des bains de mer, sans crainte des requins. La campagne aux environs rappelle les landes de la Gascogne ou les coteaux dénudés du Mor van. Parfois apparaît un. Mal gache gardeur de bœufs. Ces animaux étiques, encore fatigués de leur traversée, sont nonchalamment étendus au soleil, ou broutent, dans les champs en friche, une herbe rabougrie et desséchée; cependant le pâtre indolent fredonne un air natal et songe à sa grande île en regardant la mer.
D'autres fois, à l'entrée d'un champ de cannes, se montre un gardien, Cafre ou Mozambique, un haillon serré autour des reins et la lance au poing. Tel est l'aspect et telles sont les armes du garde champêtre colonial. Sur la route, quelques noirs, marchant pieds nus, se rendent à Saint-Leu ou Saint-Gilles, et vont nonchalamment, suivis de leur femme qui trouve encore moyen de rester en arrière.
Par moments, passe le riche équipage d'un planteur, ou bien c'est un habitant à cheval galopant le long du chemin, et suivi de son domestique malabar qui s'essouffle à courir à pied, tenant l'animal par la queue."

Cent ans plus tard, vers 1950, on pouvait encore croiser un troupeau de zébus sur la plage des Brisants... Photo Jean Legros
1862, Leconte de Lisle publie son recueil " Poèmes Barbares"

 

Un des plus grands poètes de notre pays a immortalisé un site situé à deux pas du port de Saint-Gilles. Le poète c’est Charles Marie René Leconte , dit Leconte de Lisle, qui est né à Saint Paul en 1818 puis est devenu le chef de file de l'Ecole Parnassienne.
Vivant à Paris Leconte de Lisle a conservé toute sa vie le souvenir de son île. les cendres du poète ont été transférées le 28 septembre 1977 au cimetière marin de Saint-Paul.

Le site c’est celui de la ravine Saint-Gilles.

Le poème, « La ravine Saint-Gilles »
a été publié dans le recueil « Poèmes Barbares » paru en 1862.

La gorge est pleine d'ombre où sous les bambous grêles,
Le soleil au zénith n'a jamais resplendi,
Où les filtrations des sources naturelles
S'unissent au silence enflammé de midi.

De la lave durcie aux fissures moussues,
Au travers des lichens l'eau tombe en ruisselant,
S'y perd, et, se creusant de soudaines issues,
Germe et circule au fond parmi le gravier blanc.

Un bassin aux reflets d'un bleu noir y repose,
Morne et glacé, tandis que, le long des blocs lourds,
La liane en treillis suspend sa cloche rose,
Entre d'épais gazons aux touffes de velours.

Sur les rebords saillants où le cactus éclate,
Errant des vétivers aux aloès fleuris,
Le cardinal, vêtu de sa plume écarlate,
En leurs nids cotonneux trouble les colibris.

Les martins au bec jaune et les vertes perruches,
Du haut des pics aigus, regardent l'eau dormir;
Et, dans un rayon vif, autour des noires ruches,
On entend un vol d'or tournoyer et frémir.

Soufflant leur vapeur chaude au-dessus des arbustes,
Suspendus au sentier d'herbe rude entravé,
Des boeufs de Tamatave, indolents et robustes,
Hument l'air du ravin que l'eau vive a lavé;

Et les grands papillons aux ailes magnifiques,
La rose sauterelle, en ses bonds familiers,
Sur leur bosse calleuse et leurs reins pacifiques
Sans peur du fouet velu se posent par milliers.

A la pente du roc que la flamme pénètre,
Le lézard souple et long s'enivre de sommeil,
Et, par instants, saisi d'un frisson de bien-être,
Il agite son dos d'émeraude au soleil.

Sous les réduits de mousse où les cailles replètes
De la chaude savane évitent les ardeurs,
Glissant sur le velours de leurs pattes discrètes,
L'oeil mi-clos de désir, rampent les chats rôdeurs.

 

Et quelque Noir, assis sur un quartier de lave,
Gardien des boeufs épars paissant l'herbage amer,
Un baillon rouge aux reins, fredonne un air saklave
Et songe à la grande Ile en regardant la mer.

Ainsi, sur les deux bords de la gorge profonde,
Rayonne, chante et rêve, en un même moment,
Toute forme vivante et qui fourmille au monde;
Mais formes, sons, couleurs, s'arrêtent brusquement.

Plus bas, tout est muet et noir au sein du gouffre,
Depuis que la montagne, en émergeant des flots,
Rugissante, et par jets de granit et de soufre,
Se figea dans le ciel et connut le repos.

A peine une échappée, étincelante et bleue,
Laisse-t-elle entrevoir, en un pan du ciel pur,
Vers Rodrigue ou Ceylan le vol des paille-en-queue,
Comme un flocon de neige égaré dans l'azur.

Hors ce point lumineux qui sur l'onde palpite,
La ravine s'endort dans l'immobile nuit;
Et quand un roc miné d'en haut s'y précipite,
Il n'éveille pas même un écho de son bruit.

Pour qui sait pénétrer, Nature, dans tes voies,
L'illusion t'enserre et ta surface ment:
Au fond de tes fureurs, comme au fond de tes joies,
Ta force est sans ivresse et sans emportement.

Tel, parmi les sanglots, les rires et les haines,
Heureux qui porte en soi, d'indifférence empli,
Un impassible coeur sourd aux rumeurs humaines,
Un gouffre inviolé de silence et d'oubli!

La vie a beau frémir autour de ce coeur morne,
Muet comme un ascète absorbé par son Dieu;
Tout roule sans écho dans son ombre sans borne,
Et rien n'y luit du ciel, hormis un trait de feu.

Mais ce peu de lumière à ce néant fidèle,
C'est ce reflet perdu des espaces meilleurs!
C'est ton rapide éclair, Espérance éternelle,
Qui l'éveille en sa tombe le convie ailleurs!

Lieu d’inspiration poétique pour les uns, lieu classé à préserver pour d’autres, les bassins de la Ravine Saint-Gilles ont toujours été un lieu de promenade et de baignade pour les Réunionnais.


Nous sommes en 1935, un peu plus haut que le port actuel, dans la ravine St Gilles.
"Yvan Bottard à 22 ans avant de prendre son bain, un dimanche ( app 9X12 f:4,5 sur ibson photo tirée à l'aide d'un retardement acheté exprès."

On joint l’utile à l’agréable en profitant de la baignade pour chercher quelque délice sous les cressons comme Yvon Bottard en 1935 sous l’œil attendri de sa maman
"Y Bottard 22 ans et sa mère Marthe de Palmas
(pêche à la main des chevrettes et chabots dans les cressons à Céraque."

Les commentaires écrits au crayon au dos des photos sont de Madame BOTTARD qui habite toujours à Saint-Gilles et qui nous a confié ces photos de famille.

... suite
Au XIX° ce fut le règne de la canne à sucre. Un autre voyageur décrivait ainsi Saint-Gilles ;1865 :

«Autour de sa ravine, Saint-Gilles est réputée comme une charmante bourgade, ombragée de palmiers ; ses champs couverts de canne et de maïs sont le rendez-vous des oiseaux : sénégalis, bengalis, becs rosés, cardinaux et martins».

La route changea complètement la physionomie de Saint-Gilles. C'est l'ingénieur Bonnin qui la commença en 1863, en partant à la fois de Saint-Paul et de Saint-Leu, une première section alla jusqu'au «trou du cuisinier». On raconte que jadis, lorsqu'un navire arrivait en rade de Saint-Paul, le premier canot partant à la côte était celui du cuisinier chargé d'aller trouver des
vivres. Un courant entraînait le canot toujours à cet endroit où il était assez facile de débarquer.
Pour la route, le plus difficile fut de réunir le Cap Champagne au Cap La Houssaye. Le remblai de Grand-Fond et la traversée de Saint-Gilles ne le furent pas moins, à cause de la dureté du roc.


La falaise du Cap Champagne vers 1946 et la route en travaux entre 1920 et 1930. Ces photos ne datent pas de l'époque de la création de la route mais nous donnent une idée de l'ampleur du chantier.                  Source Archives de l'Outremer - Archives Nationales.
suite    Ces travaux étaient encouragés par l'opinion publique et un journal écrivait :
1865 :
«Seuls quelques favorisés de la fortune jouissaient du privilège de venir en villégiature à Saint-Gilles et l'affreuse diligence déposait rarement sur notre plage, quelques voyageurs meurtris que de graves raisons de santé avaient mis dans la nécessité d'entreprendre ce voyage fatiguant ; l'éloignement, la difficulté des communications, le peu de ressources, tout contribuait à isoler la localité.
Toute une classe de gens gagneront à cette route, les baigneurs pourront arriver â Saint-Gilles qui deviendra une ville de bains égale à Trouville, il y aura des débouchés pour Saint-Leu et Saint-Gilles ; les grands établissements agricoles perdus clans les terres enverront leurs produits à Saint-Paul».

La route fut terminée et le journal «Le Créole» écrit en 1883 :

«Aujourd'hui, Saint-Gilles est transformé ; toutes les habitations sont occupées et les baigneurs affluent ; le mouvement et l'animation règnent de tous côtés et les habitants de l'endroit peu habitués, regardent, surpris, cette population flottante et bruyante. »

:

Antoine ROUSSIN -

Les Bains de mer à StGilles - lithographie - Album de la Réunion -
publié par fascicules à partir de 1857

 

Le Mémorial de la Réunion tome III page 205 commente ainsi cette lithographie d'Antoine ROUSSIN:

"Jusqu'alors, petit village de pêcheurs, Saint-Gilles voit arriver, avec la mode des bains de mer, ses premiers "touristes", mais ce sera le chemin de fer ( v. reprod. détail ) qui fera d'elle une station balnéaire très fréquentée. Noter le comportement des quelques téméraires qui osent se baigner: habillés jusqu'au cou, ils se tiennent de peur d'être emportés
                                             ( v. reprod.détail ci-dessous)."

tention ti mamzelles, la houle sa souque a zot ...

Illustration: Antoine ROUSSIN - Les Bains de mer à StGilles - lithographie
( détail ) - Album de la Réunion - publié par fascicules à partir de 1857

"Assise ou debout comme i veut nou tout va rentrer" dit la chanson.

Illustration: Antoine ROUSSIN - Les Bains de mer à StGilles - lithographie ( détail ) - Album de la Réunion - publié par fascicules à partir de 1857

En page 209, les auteurs du tome III du Mémorial de la Réunion concluent leur chapitre "Les Plaisirs et les jeux" par quelques lignes sur la nouvelle activité à la mode des années 80 ( 1800, bien sûr!)

"Et, dernière nouveauté: les bains de mer. Depuis que l'impératrice Eugénie en a lancé la mode, de nombreux Français et parmi eux les plus hardis des Réunionnais l'ont suivie. Saint-Gilles devient peu à peu une station balnéaire à la mode; le nombre de baigneurs que n'a pas découragé la difficulté du trajet à effectuer en diligence, est certes encore modeste, mais l'idée est lancée. Il faudra l'inauguration du chemin de fer pour que le petit port de pêcheurs devienne " Saint-Gilles-les-Bains " et pour que les baigneurs y affluent."

Ce fut le début de Saint-Gilles station balnéaire, cette vocation fut confirmée par la construction du chemin de fer et le voyage reste gravé dans les mémoires de nombreux Réunionnais. On venait chaque soir attendre l'arrivée du train des maris et des amis et la gare était le lieu de rendez-vous ; on y mangeait les spécialités de «colle aux dents pistaches» et on achetait le poisson «par paquet».

illustration: Antoine ROUSSIN - StGilles - lithographie - Album de la Réunion 1857 -
 

C'est sur ce site que sera creusé le port de St.Gilles les Bains. On reconnaît à droite l'église à sa place actuelle, le pont métallique sur la ravine Saint-Gilles. Assis au premier plan un ancêtre de Guylain.. Da war!
09 décembre 1894, le Ker-Anna se fracasse sur la pointe des Aigrettes.
C’est encore une fois dans l’irremplaçable « MEMORIAL DE LA REUNION » que nous trouvons les récits de la série de naufrages qui se sont produits de 1885 à 1913. Le « Victor », le « René », le « Cousin », le « Himpopo », le « Warren-Hastings », etc ; la liste est longue.
Le drame qui a particulièrement retenu notre attention est celui du « Ker-Anna » ou « Keranna » selon les auteurs.
Nous empruntons le texte au « MEMORIAL » :

« Le 9 décembre 1894, à l’aube, c’est la pointe des Aigrettes à Saint-Gilles, qui est le théâtre d’un nouveau drame de la mer. Et cette fois, il y a mort d’hommes.
Le « Keranna » a fui en catastrophe , comme d’autres navires, la rade de Sait-Denis le 8 décembre en début d’après-midi : les violents vents d’est et est-sud-est qui déferlaient sur l’île, rendaient sa position trop dangereuse. Aussi le trois-mâts nantais a-t-il abandonné son ancre et sa lourde chaîne, et appareillé cap au nord, sous voilure réduite.
Pour éviter de s’éloigner trop de la Réunion, le capitaine a recommandé de tirer des bords, cap au Nord pendant une heure puis cap au Sud, jusqu’à ce qu’on soit à une dizaine de milles de la côte, à nouveau cap au Nord… La manœuvre serait parfaite si la visibilité était bonne et si le vent de mer ne faisait pas dériver le navire. Avec la tombée de la nuit, il devient impossible de se repérer ; les lumières de Saint-Denis et le phare de la pointe restent invisibles ; il devient même impossible, raconteront les matelots, de se voir d’un bout à l’autre du navire. La folie des éléments est telle que les hommes du « Keranna » ne s’aperçoivent pas qu’ils ont été déportés au sud-ouest beaucoup plus loin que prévu.
A 4 heures et 5 minutes du matin, le 9 décembre, la matelot Pierre-Marie Derrien de Paimpol, prend la barre. Sa longue habitude de la mer lui fait pressentir quelque chose d’anormal ; on ne voit pas à dix mètres, mais la couleur de l’eau, des indices imperceptibles lui font deviner que la terre est toute proche. Pour l’heure, le « Keranna » est en train de tirer un de ses bords cap au Nord-Est quart Nord ; et Derrien « sent » que la côte est là, à tribord et en face.
« J’appelle le maître pour lui dire que je supposais que c’était la terre qui se trouvait sous le vent à nous… Je lui dis qu’il ferait bien de prévenir le second, ce qu’il fit de suite ; l’horizon se dégageait sensiblement. Le second monte immédiatement sur le gaillard ( d’arrière ), il regarde l’horizon et fait aussitôt le commandement : la barre au vent toute, tout le monde sur le pont !
« On commence de brasser ( les écoutes des voiles ) pour virer, à ce moment le navire touche. » Le « Keranna » vient de s’empaler presque tangentiellement sur la pointe des Aigrettes. Sur ce haut-fond corallien la mer roule avec furie.
« Il y avait un fort grain, poursuit Derrien. Un lame venue par l’arrière a jeté sur le pont les hommes de manœuvre. Le second a été roulé sur le gaillard ; je suis resté seul, debout, appuyé sur la barre ; les embarcations ont été brisées… »
Le navire s’est lui aussi brisé. L’arrière où se trouve l’homme de barre commence immédiatement à s’enfoncer. « Sentant l’arrière couler, dit Derrien, je me suis deshabillé et jeté à la mer. En arrivant près des rochers, j’ai été rejeté au large . Le courant m’entraînait vers Saint-Gilles. »
L’homme parvient tout de même a atteindre le rivage. Nu, grelottant, il court chercher des secours. Mais la mer est trop grosse pour qu’on puisse y lancer un canot. Derrien pourra tout de même sauver un de ses compagnons, en allant à la nage le tirer de sa position désespérée, dans les rochers battus par les lames.
Sauvé également la matelot Cornillet. Réfugié à l’avant, dans les haubans, avec le second, il a vite compris que le navire était perdu.
« Je me suis tenu d’une main, de l’autre, j’enlevais mes effets et je tournais le dos aux paquets de mer ; quand je me suis retourné, le second avait disparu. L’arrière était coulé, les marchandises sortaient de la cale et encombraient les alentours du navire. Un grosse lame m’a enlevée de dessus les haubans de foc et je suis arrivé à terre roulé par la mer. Il y avait un fort courant me poussant du côté de Saint-Gilles. J’ai trouvé une caisse de marchandises qui m’a sauvé en me protégeant des madriers » ( Archives de la Réunion ; 4 S 149).
« Jai vu enlever le mousse par la mer », ajoute Cornillet. Le mousse, le second, le capitaine, Aubin Delahaye, et cinq hommes d’équipage ont disparu ; il n’y a que six survivants sur quatorze hommes. La mer ne rendra que cinq cadavres, mais rejettera beaucoup de marchandises, qui furent exposées sur la grève et vendues aux enchères."

La sépulture des naufragés du Keranna au cimetière marin de Saint-Paul.

Il ne reste aucune trace de l’épave mais on raconte que les chaînes du « Keranna » ont servi à suspendre les conduites métalliques destinée à canaliser les eaux prélevées dans les bassins de Saint-Gilles. Et surtout, surtout, il se dit aussi que les madriers et planches rejetés par la mer ont été utilisés pour bâtir ou consolider la maison dans laquelle Jean Albany a vécu son enfance.

Par contre, face à Saint-Gilles, par 55 mètres de fond, on peut voir l’épave du « Navarra » qui n’a aucun rapport avec un quelconque naufrage. Ce langoustier de 47 m a été coulé en 1996 à la demande de la fédération de plongée pour constituer un récif artificiel. Plusieurs espèces y sont sédentarisées : limes, mérous, raies, pastenagues, perroquets, etc .                           
                                              

Clicanoo.re - publié le 28 octobre 2011 - 5 000 euros pour la prospection du Ker-Anna
Une des affaires qui a retenu notre attention hier au conseil municipal de Saint-Paul : le vote d’une subvention de 5 000 euros pour la Confrérie des gens de la mer. Cette rallonge budgétaire doit permettre aux historiens de mener à bien une prospection archéologique sur l’épave du Ker-Anna, naufrage survenu le 8 décembre 1894. Cette opération bénéficie déjà du soutien du département des recherches archéologiques subaquatiques sous-marines, de la Drac, du conseil général et de la mairie de Saint-Paul. Qui ne peut rester indifférente devant une telle initiative. « Nous voulons montrer notre attachement au patrimoine », a déclaré la députée-maire Huguette Bello. Cette plongée hors-norme permettra de compléter les recherches des archives départementales qui font état de deux autres naufrages : le trois-mâts Henriette-Marie (2 août 1834) et l’Eurydice ( 7 mai 1834). Voilà qui pourrait également jouer dans l’acquisition du label national « Ville d’art et d’Histoire », qu’Huguette Bello doit aller défendre prochainement à Paris.    D.F.B      

Clicanoo.re- publié le 15 janvier 2012 - Le Ker-Anna livre ses secrets
Le 8 décembre 1894, le “Ker-Anna” sombre en plein cyclone au large de la Pointe des Aigrettes à Saint-Gilles. Sur 13 hommes d’équipage, on ne compte que six survivants. Quatre marins reposent à jamais au cimetière marin de Saint-Paul. Les plongeurs de La Confrérie des gens de la mer ont réalisé en octobre et novembre de l’année dernière une campagne de prospection du site du naufrage. L’épave du “Ker-Anna” a livré ses premiers secrets mais tous les mystères ne sont pas levés.
Au cœur du cimetière marin de Saint-Paul, un emplacement attire immédiatement l’attention des nombreux visiteurs. Une plaque porte le nom de quatre marins enterrés en ces lieux, une autre rappelle les circonstances du naufrage du “Ker-Anna” le 8 décembre 1884 au large de la Pointe des Aigrettes, à Saint-Gilles. Pour prendre toute la dimension de la tragédie qui coûta la vie à sept membres d’équipage, il faut passer masque et bouteilles et s’aventurer dans les profondeurs de l’océan. La Confrérie des gens de la mer s’est intéressée au naufrage du “Ker-Anna”. Avec la minutie qu’on lui connaît, elle a retracé le parcours du voilier jusqu’à cette tragique journée de décembre 1884 (lire l’encadré). Entre le 3 octobre et le 15 novembre de l’année dernière, munie de toutes les autorisations indispensables, une équipe de sept plongeurs dont plusieurs archéologues conduite par Eric Venner de Bernardy de Sigoyer a effectué de nombreuses plongées sur le site de l’épave. “La zone de prospection archéologique est située au cap de la Pointe des Aigrettes dans une zone maritime proche d’un affleurement. Ce lieu a été le théâtre de deux autres naufrages, le trois mâts « L’Eurydice » le 7 mai 1843 et le trois-mâts « Henriette-Marie » le 2 août 1844”, indique Eric Venner. “L’objectif était de mettre en lumière les vestiges et leur dispersion sur le terrain du trois mâts barque en fer le « Ker-Anna” et de caractériser tout type de vestige qui pourrait appartenir à d’autres événements de mer.” Ce qui reste du “Ker-Anna” est dispersé sur plus de 14 400 m2. Les plongeurs de La Confrérie des gens de la mer ont répertorié 170 pièces. Certaines telles que le guindeau, l’étrave, un morceau de carène composé de trois membrures, deux bittes d’amarrages, un taquet d’amarrage, un morceau de bordé et de gouvernail ont pu être identifiées. “Une pièce d’artillerie, un canon, a été localisée sur le site ce qui nous amène à solliciter la poursuite de l’opération cette année”, souligne Eric Venner. “L’inventaire des vestiges du Ker-Anna, reposent sur une plate-forme récifale avec des sillons majeurs perpendiculaires à la côte,” explique Sophie Bureau, ingénieur conseil en environnement marin. Les indicateurs biologiques de l’environnement rencontrés dans cette zone (certaines espèces de coraux et millépores) confirment qu’il y règne un fort hydrodynamisme (épisodes de forte houle et fort courant) ne permettant pas aux colonies coralliennes de trop se développer et les contraignants dans des formes massives et encroûtantes. Dans ce contexte, il semble évident que les vestiges du Ker-Anna retrouvés soient arasés, polis par le frottement des débris sédimentaires sur le métal à chaque épisode de forte houle et d’autre part, que les pièces soient peu colonisées par les organismes bioconstructeurs.” Toutes les pièces découvertes ont été pour l’instant maintenues au fond de l’eau, notre île ne disposant pas des structures nécessaires à leur traitement.
     Alain Dupuis

Le Ker-Anna ressemblait au Cutty Sark à droite sur la photo.

Un voilier et deux vies
Le trois mâts barque en fer “Ker-Anna” est mis à l’eau sous le nom de “Dora Ann” dans le port de Sunderland dans le comté de Durham en Angleterre le 6 mai 1876. C’est alors un important chantier naval, situé à l’embouchure de la rivière « Wear » sur la mer du Nord. L’ingénieur James Laing supervise sa construction. C’est un des pionniers de la construction de navires à coque en fer. En 1793, Philipp Laing et son frère John avaient fondé le chantier naval. Celui-ci se développe sous l’impulsion de James, le fils de Philipp. James Laing sera tour à tour directeur de la Compagnie du canal de Suez, puis shériff de Durham en 1879. Il est anobli en 1897. Le “Dora Ann” effectue plusieurs voyages à destination de l’Australie. En 1889 le voilier passe sous pavillon français à Saint-Nazaire en étant acheté par l’armateur nantais Alexandre Viot et prend le nom de “Ker-Anna”. L’acte de francisation signé le 27 septembre 1889 nous fait découvrir un voilier imposant. “Il jauge officiellement 557 tonneaux. L’identité du navire est déterminée par les mesures ci-après. Longueur, de l’avant de l’étrave sous le beaupré jusqu’à l’arrière de l’étambot : 50 m 32 cm. Plus grande largeur extérieure : 8 m 83 cm. Hauteur, au milieu du navire (sous le pont de tonnage, sous le pont supérieur) : 5 m 40 cm. Le dit navire a un pont, un vaigrage, trois mâts et il est doublé en fer.” Le “Ker-Anna” navigue entre Mayotte, Pondichéry, Calcutta et bien sûr La Réunion jusqu’à ce jour de décembre 1894 où il fait naufrage au large de la Pointe des Aigrettes. Le 5 janvier 18995, “L’Indépendant créole” annonce “qu’il sera procédé le lundi 7 janvier 1895 à 8h sur la plage de la Pointe des Aigrettes à la vente publique d’un certain nombre de lots comprenant des débris et des marchandises provenant du navire naufragé Ker-Anna. Le dimanche 27 janvier 1895, à la même heure, il sera vendu une ancre en fer de 1 000 kg avec accessoires ayant appartenu au même navire et déposé près de l’établissement Vally. Paiement et enlèvement obligatoires dans les 24 heures.”

Pris dans un cyclone
La Confrérie des gens de la mer a reconstitué dans le détail les circonstances du naufrage du “Ker-Anna”. Le ciel était très couvert sur Saint-Denis en ce 7 décembre 1894. Le capitaine Aubin de Lahaye, commandant du trois mâts le “Ker-Anna”, se trouvait à terre, d’où il surveillait le déchargement des chaloupes de son navire. Les averses se succédaient et le vent ne cessait de se renforcer. La mer restait néanmoins relativement calme, et de l’avis de plusieurs personnes de la localité habituées aux choses de la mer, le grain qui sévissait sur le chef lieu n’était rien d’autre qu’un fort orage. Cependant le 8 décembre, vers 5 heures du matin, le capitaine reçu un mot du lieutenant du port lui demandant de regagner son navire au plus vite en raison de l’aggravation des conditions météorologiques. Déjà à cette heure là, l’état de la mer ne permettait plus d’embarquer à bord d’une chaloupe. Le capitaine Aubin de Lahaye commençait à penser qu’il ne s’agissait pas d’un orage mais bel et bien d’un cyclone. Il conservait malgré tout toute sa confiance en son second, son équipage, et tablait sur la robustesse du trois mâts en parfait état qu’il commandait. Ne pouvant plus rester en rade de Saint Denis, le “Ker-Anna” appareilla à 15 heures 45. Le vent et les grains s’intensifiaient jusqu’à boucher l’horizon. Le navire prit un cap au nord, filant à 5 ou 6 nœuds, puis vira de bord une heure après pour revenir vers la terre. Le second désirait en effet rester en sécurité en mer mais sans trop s’éloigner de l’île. Cette manœuvre fut refaite une seconde fois alors que les conditions météorologiques continuaient de se dégrader. Des voiles durent être progressivement retirées car des rafales de vent menaçaient de les arracher. La pluie formait un mur opaque et la visibilité devint nulle une fois que la nuit fut tombée. La mer restait très forte et plus aucun repère ne permettait désormais la navigation. Le navire dérivait sans que les marins puissent apprécier la direction prise dans ces pluies intenses. Peu après 4h du matin, le matelot à la barre prévint le maître d’équipage qu’il semblait voir la terre et que les vents les portaient droit dessus. Le second fut prévenu et décida aussitôt de virer de bord. Mais alors que les hommes d’équipage entamaient la manœuvre, le “Ker-Anna” toucha le récif. Le navire se brisa, et sous le choc, les hommes furent projetés sur le pont. Une lame acheva de le coucher sur les rochers tandis que son arrière disparaissait dans les flots déchaînés. Les hommes se réfugièrent sur le gaillard d’avant et se déshabillèrent. Les marchandises sortaient des cales éventrées tandis que les lames se succédaient et que les vents hurlaient. Les marins plongèrent, à moins qu’ils ne furent emportés par les lames, comme le second qui disparut dans un paquet de mer. Sur 13 hommes d’équipage 6 seulement parvinrent à gagner la côte, entraînés vers Saint-Gilles par un fort courant. Des débris de la cargaison et des morceaux de bois jonchaient la côte sur plus de deux kilomètres. Les survivants tentèrent de trouver de quoi s’habiller, puis ils furent pris en charge par le garde maritime de Saint-Paul. Quatre cadavres furent retrouvés et identifiés, les autres marins disparurent à jamais. La mer rejeta les débris de madriers, de fer, de charbon et de vivres sur les plages de l’île sur plus de deux jours. Dans “Le Petit journal de l’île de la Réunion”, le 9 décembre 1894, un article faisait état du premier cyclone de la saison, relatant la mer houleuse précédant la chute du baromètre : de 759 millibars à 10 h, il passa à 757 à 14 h, puis 752 à 2 h du matin. Le maximum fut atteint au Port où l’on enregistra 751 millibars à 3h du matin.

Le mystère de l’ancre
Le “Ker-Anna” n’est pas le “Titanic”. Tout ne repose pas au fond de l’eau. La Confrérie des gens de la mer a retrouvé en des lieux parfois insolites des vestiges du voilier. “Une enquête de terrain auprès des habitants, des anciens chasseurs et pêcheurs sous-marin nous a permis de localiser un canon chez un particulier en face du site du naufrage”, indique Eric Venner. Une ancre marine est présente au cimetière de saint Paul en hommage aux victimes de ce naufrage, dont certaines étaient très jeunes Elle est quasi complète. L’une des pattes est absente. Le jas mobile a subi une déformation.” La Confrérie des gens de la mer s’est attachée à établir si cette ancre a bel et bien appartenu au “Ker-Anna”. “D’après les documents conservés aux archives départementales de Nantes, six ancres figurent sur l’inventaire du navire Ker-Anna datant du 20 septembre 1889 à Dunkerque. L’ancre du cimetière de Saint-Paul (longueur : 168 cm) ne figurant pas sur l’inventaire de Dunkerque, n’appartient donc pas à l’origine au navire. Si elle correspond à l’une des ancres du Ker-Anna, elle serait plutôt adaptée, de par ses dimensions, pour jouer le rôle d’une ancre à jet. Cette dernière a peut-être été embarquée au cours du voyage suite à des pertes. Les sections fines de cette pièce, ainsi que la forme de sa culasse pourraient la rattacher à un contexte historique plus ancien : début du XIXe siècle ? Celle-ci aurait alors été employée pendant 80 à 90 ans.”   

1890 ... "Cartes mystère" , sous ce titre Daniel Vaxelaire a fait paraître quelques cartes de visites photographiques du début du siècle précédent, dans le numéro 65 - saison 3 - du supplément gratuit "C'était hier" du JIR le dimanche 18 avril 2010.



"Le premier à réaliser des mini-cartes photographiques a peut-être été Roussin, qui après avoir été un pionnier de la lithographie et de la presse illustrée (et de l'édition par souscription), a testé ce mode de diffusion d'images à bon marché. On n'a pas retrouvé à ce jour de carte de visite portrait de Roussin, mais un collectionneur nous a montré ces cartes extrêmement rares où Roussin reproduisait ses propres lithographies, selon un procédé de réduction photographique. Ici, la rivière Saint-Gilles. ( coll privée)"

reproduction datée
approximativement de 1890 ! oui, non ?

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