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ARCHIVES CLICANOO -
Les clubs de plongée craignent l’asphyxie financière ( le 15 janvier 1998 )

Etalée sur 18 mois, la construction de superstructures sur le port de Saint-Gilles va, à coup sûr, donner un autre cachet au site. Exit les conteneurs, place à des bâtiments respectant l’architecture locale. Mais ces aménagements risquent d’étouffer financièrement certains clubs de plongée. Le modernisme à un coût. Et à Saint-Gilles, il se paie cher.
Les travaux de constrution de superstructures sur le port de Saint-Gilles vont bon train. D’ici juin/juillet, les bâtiments en cours de réalisation sur l’avant-port seront livrés. Composés de 10 « cellules » au rez-de-chaussée et de six autres à l’étage, ils sont destinés aux professionnels de la pêche sportive mais aussi aux deux restaurateurs de la place, l’Alpha et le Saint-Gilles... Une avancée appréciée par les usagers du port. Certains n’y croyaient plus, à cause du retard pris dans le projet. « Deux longues années », affirme Roger Roland. Et le président de la CCIR, l’organisme maître d’ouvrage de l’opération, de le reprocher à l’architecte Jean Pihouée mais aussi aux administratifs chargés à l’époque de l’appel d’offres. « Il a fallu le recommencer et respecter de longs délais. Il devait être international ». Une partie des 42 MF nécessaires à la réalisation des superstructures vient en effet de l’Europe par le biais du Feder. Sans ces « contretemps », on serait aujourd’hui dans la phase de livraison des locaux, selon Philippe Duclos, responsable du suivi de l’opération. En chantier depuis septembre de l’année dernière, le port de Saint-Gilles devrait connaître son visage définitif à la fin du premier trimestre 1999. Un aménagement qui donnera « une plus-value non négligeable au site », commente Roger Roland pour qui les travaux étaient devenus nécessaires. Entièrement reconstruit il y a quelques années tout juste, le port laissait un goût « d’inachevé ». Une impression incompatible avec la volonté de rendre la cité balnéaire encore plus attractive sur le plan touristique et plus fonctionnelle pour les professionnels ayant une activité tournée vers la mer. Avec le projet des superstructures, exit donc les conteneurs abritant, entre autres, les clubs de plongée. Place sera faite à des constructions à l’esprit pavillonnaire. « 39 cellules au total aménagées en fonction des activités de ses futurs occupants », souligne Philippe Duclos. Les bâtiments seront étalés sur toute la longueur du port. A l’avant on trouvera donc les professionnels de la pêche sportive, sur le côté un marché aux poissons, à l’arrière, là où sont actuellement disposés les conteneurs, les clubs de plongée. Mais la « petite révolution » viendra de l’îlot central. Sur ce site sera réalisé le plus grand aquarium du département. Le public pourra voir évoluer la plupart des espèces « baignant » dans nos eaux, du plus petit au plus gros... L’îlot accueillera aussi, au niveau supérieur, la capitainerie, des surfaces commerciales et administratives, 18 boxes pour les pêcheurs professionnels... « On a respecté l’architecture locale. Il y aura beaucoup de bois. Il a été choisi pour habiller les structures ». Le bardeau sera omniprésent aussi dans ces constructions en R+1 qui n’excéderont pas 11 m de haut. « Chaque « cellule » a été imaginée de manière à permettre à son locataire d’avoir un coin pour la réception du public et un autre pour son matériel. Les locaux seront livrés brut de décoffrage. Mais chacun d’entre eux disposera de sanitaires et de douches pour les clubs, entièrement carrelés ». L’agencement enfin sera à la charge du locataire. Cette modernisation du port de Saint-Gilles est bien évidemment appréciée par ses principaux utilisateurs. Mais bon nombre déchantent déjà à l’annonce des tarifs de location des « cellules ». « Ce sera la mort du petit commerce », lance l’un d’eux. Un avis à moitié partagé par Yves Reignier, du club de plongée « Bleu marine Réunion ». « Mon loyer va être multiplié par 20. C’est très cher et rien ne justifie cette augmentation. Mais je ne crache pas sur les aménagements. Ils étaient nécessaires et vont me permettre de développer mon activité. Il faut attendre pour voir. J’espère que ça m’amènera une clientèle nouvelle, une bouffée d’oxygène... » Un air nouveau qui pourrait cependant provoquer « l’asphyxie financière » chez certains commerçants. Martial Pirlot se voit mal en effet régler un loyer mensuel qu’on lui aurait dit à 20 000 F plus une « redevance » sur le chiffre d’affaires de 2,5 à 3%. « On ne peut pas acheter définitivement car on est sur un domaine public. Jamais on ne récupérera notre fonds de commerce... Difficile de s’en sortir dans ces conditions », précise-t-il. Une situation que ne dément pas le président de la CCIR. D’ailleurs, Roger Roland se dit « sceptique » sur la durée de vie de certains clubs de plongée. Mais rajoute-t-il aussitôt, le modernisme a un prix. Et visiblement à Saint-Gilles, il se paie très cher.                 Jacky Ferrere

ARCHIVES CLICANOO - Tempête sur le port - le 20 juillet 2004

“Inégalité de traitement, loyers prohibitifs et à géométrie variable, manque flagrant d’animation, aménagements fantômes ou discutables, gestion controversée...” Depuis un moment déjà, la crise couvait entre les commerçants du port de Saint-Gilles et la Chambre de commerce et d’industrie, qui gère la structure portuaire. Alors qu’une bonne vingtaine d’exploitants se sont constitués en collectif et qu’hier un commerçant s’est vu saisir par voie d’huissier son matériel de travail mis aux enchères dans la foulée, la grogne latente s’est muée en fronde...

Edem Anthony, gérant du snack Cœur Tournesol est poète à ses heures perdues. Pas dénué de talent d’ailleurs, à en lire ses vers disséminés un peu partout sur les murs de l’établissement. Ça peut paraître un peu curieux, mais l’inspiration de ses derniers écrits, Eloges de la magouille, lui est presque venue des huissiers, ordinairement peu enclins à l’envolée lyrique, qui ont été dépêchés pour saisir son matériel hier matin, avant d’organiser directement sur place, à renfort de gendarmes, une vente aux enchères assez surréaliste. Sous l’œil médusé de quelques commerçants du port ainsi que d’autres venus flairer la bonne affaire, le gérant a ainsi vu embarquer pour une bouchée de pain ses frigos, tables, chaises, plan de travail, crêpière et autres gaufriers... Certes, et c’est effectivement problématique, Edem Anthony n’a jamais payé de loyer depuis qu’il a ouvert son affaire il y a maintenant six ans. Dénonçant le niveau prohibitif de son indemnité d’occupation, il estime en outre que “la CCIR a manqué à ses engagements. La chambre m’avait assuré par courrier qu’ils prendraient en charge certains aménagements indispensables à l’exploitation, tels que la mise en place de garde-corps de sécurité, du carrelage et des plinthes. Ces travaux n’ont jamais été réalisés”, soutient-il.
                                                                                                                                     
FERMETURES EN SÉRIE

Après tout, Edem Anthony est certainement plus à l’aise dans le maniement des alexandrins que dans celui des justes équations comptables, et cette affaire ne serait que l’histoire des espoirs brisés d’un doux rêveur si elle n’était assortie de précédents, le tout baignant dans un contexte assez particulier. Parce que dire qu’au sein des commerçants du port la gestion de la CCIR est contestée relève de l’euphémisme furieux. Bien qu’extrême, le cas d’Edem Anthony n’est, en effet, pas isolé. La CCIR est déjà en délicatesse avec plusieurs autres commerçants du port pour des arriérés de loyer, et c’est une véritable série noire qui s’est abattue ces dernières années sur les commerces des quais, qui vivent au rythme soutenu des dépôts de bilan et du ballet des reprises d’affaires boîteuses. On ne compte plus les restos, glaciers, et autres échoppes diverses qui sont passées à la trappe ces douze derniers mois, croulant littéralement sous les dettes (Le Glacier, LGM, La Frégate, La Cale, La Pirogue, entre autres).

AU 36E SOUS-SOL DES PRÉVISIONS

Le principal problème, pointé à la fois par le collectif et la CCIR, se cristallise dans le manque flagrant d’animation et l’affluence très restreinte que mobilise la structure, même en haute saison. À l’ouverture du port en 1998, même dans les prévisions les plus cauchemardesques, on n’imaginait pas à Saint-Gilles, fer de lance touristique de la Réunion, un port de plaisance aussi déserté, comme l’explique le directeur des concessions portuaires à la CCIR, Gilles Ham-Chou-Chong. Présenté dans les appels d’offre comme un futur El Dorado, le port de Saint-Gilles n’a pas tardé à symboliser le naufrage économique de nombreux candidats qui y avaient placé leurs billes. Quant aux survivants, ils survivent, justement, à des degrés variables, selon les divers contrats aux modalités très hétérogènes qu’ils ont été amenés à signer avec la CCIR. Mais toutes les dispositions ont-elles été prises pour conférer à cet outil l’envergure qu’il aurait méritée ? Point presse, restaurants, bars, boulanger, boutique de souvenirs, pêche au gros, plongée, c’est dans la quasi-unanimité que la contestation s’organise aujourd’hui pour dénoncer les multiples “dysfonctionnements” de la CCIR, en charge de la gestion du site. Constitué en collectif, ils envisagent le recours juridique et ont dressé une longue liste de griefs en tout genre qui commence par la fixation du niveau de loyer, à géométrie variable selon eux. Ainsi, “sur l’îlot, commente M. Ham-Chou-Chong, les loyers sont plus chers, eu égard aux aménagements qui ont été effectués sur cette zone.” Certes, même si, entre 780 et 880 euros le mètre carré, on se retrouve rapidement avec des loyers bien supérieurs à 1 500 euros, sans aucun rapport avec le niveau de l’activité économique, proprement anémiée. Sans compter la taxe annuelle correspondant à plus ou moins 2 % du chiffre d’affaires, et la taxe foncière, environ un loyer par an, acquittée par des locataires qui se demandent si ce montant correspond vraiment aux stricts termes de leurs contrats.

DES BAUX DE 20 ANS ET DU COURT TERME

Comment expliquer, en outre, que certains aient pu bénéficier de baux longue durée, sur 20 ans, et que d’autres doivent se contenter du court terme, avec, au final, des indemnités d’occupation mensuelles qui vont du simple au quintuple. “Je ne pourrais pas répondre, concède le directeur, il faudrait demander à mon prédécesseur... Mais nous n’accordons plus ce genre de contrat” Pour une véritable continuité et une certaine cohérence dans la politique tarifaire pratiquée par la CCIR, il faudra donc repasser. Dans le même registre, le collectif dénonce “les activités qui se déroulent sur le port sans autorisation, sans contrôle, pénalisant les commerçants respectueux des règlements, qui se retrouvent face à une concurrence déloyale” Enfin, c’est l’aménagement du site, décrit comme “peu propice à attirer le moindre visiteur”, qui est pointé du doigt par les commerçants. “Difficulté de parking, locaux difficilement accessibles, espaces verts inexistants, rideaux fermés en quasi-permanence ne sont pas des éléments qui encouragent le client”, écrit le collectif. Et ce dernier de constater que “la CCIR ne se manifeste qu’à travers son service contentieux, et ses huissiers sont plus présents que ses élus.” ; “Il est urgent de redéfinir une politique de loyers équitables et non pénalisants pour les commerces” ; “Il faut arrêter ce “racket” organisé sur ceux qui travaillent”, poursuit le collectif en conclusion, “créent des emplois, investissent et dont les commerces et entreprises sont fragilisés par les conditions financières exorbitantes.”
Lire aussi : • L’aveu de la CCIR

DÉFICIT Accusant un déficit cumulé de 1,369 million d’euros, la santé financière de la concession n’est pas des plus mirobolantes, ce qui fait dire à Gilles-Ham-Chou-Chong que “la révision des loyers n’est pas à l’ordre du jour.” Ce dernier se félicite néanmoins de la constitution d’un collectif arguant qu’il s’agit désormais “de se réunir autour d’une table pour discuter des solutions possibles pour dynamiser l’activité”
C’ÉTAIT LE CHANTIER SUR LE CHANTIER Le chantier du port de Saint-Gilles a connu des errements identiques à celui de l’aéroport, l’entreprise en charge de sa construction ayant brutalement mis la clé sous la porte. Initié en 1994, il n’a été finalisé qu’en 1998, pour un investissement global d’environ 40 millions de francs. Selon certains, le surcoût lié au retard de calendrier a doublé la note. Selon de nombreux autres, ces surcoûts ne sont pas uniquement à attribuer aux prolongations des délais...
LA BALEINE RESTERA SÈCHE S’il fallait retenir un symbole, ce serait peut-être celui-là. Depuis trois ans, la fontaine en forme de baleine située entre l’Aquarium et le Guetali n’a jamais été mise en eau. D’une esthétique déjà discutable, elle fuit dans les bassins de l’aquarium... Les multiples entreprises expertes es-fontaines dépêchées par la CCIR pour régler le problème s’y sont toutes cassées les dents. Certainement un défaut de fabrication. Conclusion de Gilles Ham-Chou-Chong : “la baleine restera sèche.”      
Loïc Ton-That

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Le Port de Saint-Gilles lé mol - le 20 décembre 2005
Alors que la mairie de Saint-Paul pourrait bientôt prendre les rênes du port de Saint-Gilles, beaucoup de commerçants continuent de critiquer le travail de la CCIR, actuel gestionnaire de la concession. En attente d’animations et d’entretien, ces professionnels souffrent toujours d’un manque d’activité.

Certains sont révoltés, d’autres désabusés. Pierre Cadenne entre dans la deuxième catégorie. Le président de l’association Arbromer et responsable du “Grand bleu” paye bien son loyer en fin de mois à la CCIR. Et à chaque fois, la même rengaine : il se demande où passe tout son argent. “Les taxes de port ont augmenté de 17 % en trois ans. Pour rien”, lâche-t-il, étonnamment calme. Sur le site, depuis longtemps, les rapports entre plusieurs commerçants et la chambre de commerce et d’industrie se sont détériorés. Beaucoup reprochent à l’instance publique un manque d’investissement sur place, de transparence du budget et une flambée des prix. Yves Reignier, patron du centre de plongée Bleu Marine, est catégorique : “Il y a un cruel manque de dynamisme. A chaque fois qu’on leur (la CCI) demande quelque chose, c’est une affaire d’État. Les problèmes de signalétique, par exemple, ne sont pas réglés... On se demande quand est-ce que cela va bouger”. Parmi les doléances, davantage de sécurité (lieu sombre la nuit), de propreté (aucun local à poubelles) et une aide pour organiser des animations. Ou du moins les favoriser. Mais le port de Saint-Gilles reste désespérément calme. “Heureusement que les privés sont présents. Autrement, ici, ce serait mort...”, glisse un professionnel. Beaucoup de locataires ont quitté l’enceinte, devant le prix au m2. D’autres sont entrés en résistance.
“C’EST L’OMERTA COMPLÈTE”
Le propriétaire d’un restaurant ne veut plus entendre parler de CCI. Depuis des lustres, il la combat et son attitude a viré à l’écœurement. “Ici, c’est l’omerta complète, les copains et les coquins ! Rien n’est fait pour dynamiser”, lâche-t-il, résigné. “Le pot de terre contre le pot de fer !” Soumis à un loyer très élevé à son goût, il dénonce avec volupté et sans barrière les arrangements discrets entre la structure et quelques-uns des commerces voisins. “Ce que je réclame, c’est l’équité et l’égalité. Alors que certains paient un loyer très léger, d’autres se saignent, c’est lamentable...” Cette histoire n’en finit pas de le peser : “De toute façon, la règle c’est : si on n’est pas content, on part. On veut pas nous écouter et pas nous voir”. Pour le restaurateur, la situation actuelle d’un port sans vie et sans âme provient certainement de cette atmosphère : “Les gens sont dégoûtés. Les magasins se jalousent les uns les autres. Un bel exemple de la politique diviser pour mieux régner”. Élu chargé des ports de plaisance à la CCI, Yoland Velleyen plaide non-coupable. “Nous sommes une nouvelle équipe, arrivée en janvier dernier. Nous ne connaissons personne. Il ne peut y avoir de copinage”. Selon lui, un programme de réhabilitation du secteur devrait être lancé très prochainement. Même si ce n’est pas le rôle de la CCI, il se dit également prêt à soutenir les initiatives d’animations des associations de commerçants.

La municipalité veut prendre le relais

La mairie de Saint-Paul cherche des experts pour auditer la concession du port de Saint-Gilles, actuellement attribuée à la Chambre de commerce et d’industrie (CCIR). Il s’agit d’établir un document qui servira de base de travail pour un passage de relais. Car il ne fait aucun doute que la mairie cherche à récupérer la gestion de l’infrastructure portuaire. Alain Bénard et Éric Magamootoo, le président de la CCIR, sont en phase sur le sujet. Mais pour dénoncer la convention qui régit la concession du port, il faut un prétexte, de la matière. L’audit sera disponible dans quelques mois. “Le Port ne remplit pas son rôle de phare. Il n’irradie pas sur la station balnéaire comme il devrait le faire, assure Alain Bénard. Allez n’importe où en Europe et vous verrez que les ports sont des lieux animés, des lieux de vie. C’est ce que nous voulons faire avec le port de Saint-Gilles.” Dans le collimateur de l’équipe municipale, les liaisons entre le port et la ville. “Les connections ne se font pas entre le port et le centre ville. Ce n’est pas bon non plus avec la partie sud de la station balnéaire. Aujourd’hui, le port n’est pas ouvert sur la ville, il est replié sur lui-même, il n’y a pas de synergie entre l’urbain et le portuaire.” Dans les couloirs de la Chambre de commerce et de l’hôtel de ville, on assure que les discussions se déroulent de manière très consensuelle, quand bien même elles devraient aboutir à une remise en cause de la concession dont bénéficie la CCIR. La mairie ne gérera pas en direct le port de Saint-Gilles. Elle en confiera sans doute la gestion à une entreprise privée. “Avant tout, il faut voir pourquoi le port perd de l’argent. Partout ailleurs, les ports sont bénéficiaires”, assure-t-on dans l’entourage d’Alain Bénard. Dans les bureaux de l’hôtel de ville de Saint-Paul, on fourmille d’idées et de projets. Un parking devrait être construit sur plusieurs niveaux dans le secteur de la discothèque des Roches Noires. Et un aménagement de type port-sec devrait permettre de tirer hors d’eau les embarcations de petit gabarit, pour accroître la capacité d’accueil du port.

À Saint-Paul, les bateaux attendront...

C’est un des projets phare de la municipalité pour redynamiser le front de mer du centre ville de Saint-Paul. Il s’est appelé tantôt wharf, de son petit nom anglophone, tantôt ponton. Destiné à remplacer la ruine qui pourrit les pieds dans l’eau en face de l’hôtel de Lassay, le nouveau ponton se veut une infrastructure d’accueil des bateaux de moyenne capacité. “Avec le ponton, nous pourrons faire accoster des bateaux comme le “Grand bleu”, qui vient jusqu’en baie de Saint-Paul. Les touristes pourront mettre pied à terre et visiter le marché ou le pôle d’accueil touristique qui va remplacer le service des cantines scolaires à l’hôtel de Lassay”, s’extasie Alain Bénard.

PROCÉDURES ADMINISTRATIVES

Mais le maire de Saint-Paul reconnaît que le dossier est recalé, retoqué par les services de l’État, gardiens du domaine public maritime (la mer et la plage). “Nous acceptons la punition. Le projet est retardé de six mois parce que nous ne nous comportons pas comme il faut”, explique, ironique, le maire de Saint-Paul. En l’occurrence, et même si la sous-préfecture refuse de commenter l’affaire, il semblerait que la mairie de Saint-Paul ait tenté de passer en force sur ce dossier. “Nous avons demandé à l’État de nous accorder une autorisation d’occupation temporaire. Mais on nous a répondu qu’une concession était nécessaire. Il va falloir organiser une enquête publique, ce qui retarde d’un an le projet”, reconnaît Daniel Kwanchee, directeur général des services de la mairie. La rénovation de l’hôtel de Lassay devrait être achevée en même temps que le ponton. Le bâtiment accueillera une antenne de l’office de tourisme installé à Saint-Gilles-les-Bains ainsi qu’un centre artisanal piloté conjointement avec la Chambre de métiers.

Des aménagements en attente La CCI de la Réunion gère trois ports sur l’île : au Port (pointe des galets), à Sainte-Marie et à Saint-Gilles-les-Bains. Ce dernier peut accueillir 350 bateaux. Bien qu’il affiche complet compte tenu de l’évolution de la plaisance et de la saturation du port en terme d’emplacements, le projet de port sec est toujours à l’étude. Une cinquantaine de locaux commerciaux et l’Aquarium y sont installés : ce qui génère environ 200 emplois. Alors que la CCIR souhaite travailler sur “l’impact visuel du site”, les aménagements se font attendre. Les visiteurs aussi.

Label “Pavillon bleu 2005” Après avoir déposé sa candidature en 2003, le port de Saint-Gilles a obtenu le label “pavillon bleu” en 2004 et 2005. Pour autant, cette récompense ne doit pas masquer une certaine réalité. Beaucoup de commerçants et de spécialistes de l’environnement dénoncent ainsi le manque d’entretien sur le site. Alors que la CCIR possède depuis trois années une machine pour draguer les fonds, aucun nettoyage n’a été entrepris. “Le port s’ensable et il n’y a personne pour réagir. C’est grave. Plusieurs personnes sont payées pour s’en occuper et non, il ne se passe rien”, s’emballe un professionnel. Sur Saint-Gilles, outre le nouveau directeur, la CCI embauche actuellement deux maîtres de port et deux agents d’entretien.

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“Nous ne sommes pas satisfaits” 8 septembre 2006

Daniel Kwanchee est le directeur général des services (DGS) de la mairie de Saint-Paul. Avec la décentralisation, Saint-Paul est devenue propriétaire de la concession du port de Saint-Gilles les bains. Il nous livre les clefs pour comprendre la politique municipale en la matière.

Que pensez-vous de la gestion actuelle du port de plaisance par la CCIR ?
Nous ne sommes pas satisfait du concessionnaire. Nous avons lancé un audit financier pour mieux comprendre la gestion de la CCIR, il en résulte que la chambre doit faire face à un déficit et à beaucoup de loyers impayés. Reste que du point de vue du dynamisme économique et de l’entretien du lieu, tout reste à faire. Comment se fait-il qu’il n’y ait pas d’employés pour s’occuper de l’entretien des infrastructures, et de la sécurité sur le site ? Le seul personnel employé sur le port, c’est justement le maître de port et ses assistants, c’est largement insuffisant pour une structure telle que celle-ci.
Comment envisagez-vous l’avenir de la structure ?
Le port de plaisance doit être moteur dans le développement économique et touristique de la commune de Saint-Paul. On ne peut plus accepter la dégradation et la désertification de ce site. Nous voulons mettre en place un port sec de 150 places pour répondre aux demandes de places des plaisanciers. Par ailleurs, il faut lancer la construction d’un parking d’au moins 200 places pour satisfaire les besoins des automobilistes. Le site doit être un exemple de réussite économique comme le sont la plupart des ports de plaisance en métropole ou ailleurs. Des choses aussi simples que la prolifération des tags et le manque d’animation doivent être enrayés. C’est dans cet esprit que la mairie a mis en place le La Buse code une animation destinée à relancer Saint-Gilles les bains.
Quelle est votre position sur la politique qui doit être menée sur le port de Saint-Gilles les bains ?
Nous disons à la CCIR ou vous êtes sérieux et vous vous engagez en mettant les moyens ou nous serons contraints de donner la gestion du site à un autre concessionnaire. Éric Magamootoo a fait des déclarations rassurantes en ce sens, reste maintenant à passer aux actes. Il faut que l’éclairage public soit restauré, on ne peut pas continuer avec un endroit supposé être passant et accueillant et qui est en réalité obscur et inquiétant dès que la nuit tombe. De plus la circulation des véhicules sur le site doit être plus sévèrement réglementée, et la sécurité doit être assurée par une entreprise de gardiennage. Bref, de nombreuses réformes doivent être entreprises et elles le seront avec ou sans la CCIR. Maintenant nous n’avons rien contre la Chambre de commerce et nous sommes prêts à travailler avec eux sur la base de l’audit financier que nous avons réalisé.

ARCHIVES CLICANOO       - Un port bien morose 8 septembre 2006

Il y a quelques années encore tout allait bien sur le port de Saint-Gilles, les commerces se développaient, la clientèle affluait. Depuis les choses ont bien changé et la morosité gagne des commerçants installés sur ce site, pourtant réputé lucratif.

Le port de plaisance de Saint-Gilles, ses bars, ses restaurants, ses clubs de plongées, ses boutiques... Le cliché rappelle à beaucoup de Réunionnais la douceur d’une après-midi passée à flâner non loin des bateaux. Malheureusement le site n’a pour l’instant pas connu l’essor attendu par ceux qui s’y sont installés en espérant le voir devenir un lieu animé et vivant comme de nombreuses marinas en métropole ou aux Antilles. Résultat : certains commerçants font la grise mine estimant que les investissements qu’ils ont consentis, n’ont pas porté leurs fruits et que les charges qu’ont leur impose sont disproportionnées par rapport aux prestations qu’on leur fournit. Bref, la sinistrose guette surtout depuis que les touristes ont fuit la destination Réunion, à cause de l’épidémie de chikungunya. Mais la grosse déception vient surtout d’une fréquentation en demi-teinte de la clientèle locale. “Sortis des vendredi et samedi soir, il n’y a personne. Le port est vide et sinistre, en semaine” témoignent des restaurateurs. Selon eux ce qui tue ce site, qui au départ possède tous les atouts pour être attractif, c’est le manque d’animation. “Il ne se passe jamais rien sur le port le soir, la moitié des lampadaires sont cassés, les quais sont obscurs et inanimés, qui aurait l’idée de venir s’y promener pour prendre un verre ou dîner” .
                                                   UNE GESTION CONTESTÉE
On comprend leur désarroi d’autant que s’installer à cet endroit de la station balnéaire, n’est pas donné. La CCIR (Chambre de commerce et d’industrie de La Réunion), qui gère le port de plaisance, est en effet montrée du doigt. Des commerçants estiment que les loyers qu’elle pratique sont trop élevés. “Personne n’est satisfait de la gestion de la CCIR, souligne l’un d’entre eux, on a eu 24 % d’augmentation des loyers en 4 ans.” Une augmentation qui a d’autant plus de mal à passer que les prestations proposées ne sont pas en rapport avec les prix pratiqués. “Qu’on nous laisse au moins faire venir des groupes, mettre de l’ambiance, pour l’instant on nous refuse toutes les autorisations dès qu’on veut animer un peu les quais, par contre quand il s’agit de faire un pot pour les administratifs de la CCIR, là il n’y a plus de problème” s’emportent les patrons. Un ressentiment aussi lié à ce qui est vécu comme une injustice : des différences de loyers. “Certains se sont vu offrir un bail de 23 ans en échange de 5 ans de loyers payés cash. Résultat aujourd’hui ils ne paient plus de loyer, quand d’autres qui ne se sont pas vu proposer une telle offre doivent continuer à assumer un loyer, la CCIR fait deux poids, deux mesures” déplore-t-on dans certains commerces. D’ailleurs, ce n’est un secret pour personne : ceux qui ont arrêté de verser leurs loyers sont nombreux. Certains auraient même près de 6 mois de retard, à moitié parce qu’ils ne peuvent faire autrement, et à moitié en signe de protestation face aux différences de traitements qui prévalent selon eux sur le port. “Si ça continue comme ça on mettra tous la clef sous la porte et tout le monde sera perdant. C’est vrai qu’on avait accepté les conditions du bail que nous avons signé avec la CCIR mais c’était à l’époque où le port était appelé à devenir un endroit très attractif, et aujourd’hui on ne s’y retrouve pas”, expliquent des exploitants désappointés. Pour eux, “ce n’est pas un hasard si certains locaux commerciaux restent vides, c’est que les gens pensent que ce n’est pas rentable de s’installer sur le port”.
                                                     LA SINISTROSE GUETTE
Mais si la sinistrose guette certains commerçants, la faute n’en revient pas uniquement à la CCIR. En effet, le port de plaisance de Saint-Gilles les bains est avant tout un site touristique. Avec ses nombreux clubs de plongée et ses bateaux de pêche au gros l’endroit se doit d’attirer les touristes. Or depuis la crise liée à l’épidémie de chikungunya les vacanciers se font rares et le port a du mal à séduire les locaux. Il suffit en effet de se promener un week-end le long des pontons, pour se rendre compte que la fréquentation ne correspond pas aux attentes de ceux qui investissent parfois plus de 6000 euros par mois, afin d’exercer leur activité dans un lieux qui devrait être un des plus passant de la station balnéaire. Enfin l’environnement commence à se dégrader. Rien de dramatique pour le moment, mais tout de même les tags qui fleurissent un peu partout autour des boutiques ne sont pas de nature à embellir le paysage et à attirer les passants. Reste que malgré un coup de blues lié en partie à la conjoncture actuelle, certains parviennent encore à tirer leur épingle du jeu. C’est le cas de l’aquarium qui fonctionne bien, et qui parvient à capter le public local, notamment grâce aux enfants des écoles, et des centres de loisirs en période de vacances. Il y a aussi les bars qui ont su profiter de l’effet coupe du monde pour faire d’excellentes affaires en retransmettant les matches en direct. Bref le tableau n’est pas non plus complètement négatif, et il y a toujours de belles choses à faire sur le port de Saint-Gilles pour les promeneurs comme pour les commerçants. Il faut tout de même reconnaître que les espoirs nés de la rénovation de l’endroit dans les années 1990, se sont amoindris. Et le port de plaisance n’est toujours pas devenu la belle marina animée et rentable que tout le monde appelle de ses vœux.
Dossier Adrien Lecomte
                                                    
- Une bien longue liste
Un bateau amarré à Saint-Gilles, c’est un rêve que beaucoup partage mais que très peu peuvent réaliser. Tout le monde n’a déjà pas les moyens de s’offrir le navire de ses rêves, mais une fois cette acquisition réalisée reste à trouver une place pour son embarcation. Celui qui entretient cette légitime ambition, et qui de surcroît souhaite amarrer son bateau à Saint-Gilles doit s’attendre à un véritable parcours du combattant. Et pour cause, l’île ne compte pas tant de port de plaisance que ça, et celui de la station balnéaire est particulièrement prisé. Pour l’heure se sont plus de 100 bateaux qui sont sur liste d’attente, espérant qu’une place se libère pour eux à Saint-Gilles, en tout cela représente près de 4 ans d’attente. “En fait cela dépend des départs et des désistements, le délais peut-être beaucoup plus court”, explique-t-on du côté de la capitainerie. Reste qu’il y a beaucoup de demandeurs pour peu d’élus, et qu’une place au port de plaisance de Saint-Gilles est une denrée rare et appréciée des plaisanciers. En effet l’endroit est idéalement situé non loin de mouillages qui figurent parmi les plus appréciés du littoral réunionnais. Si un plaisancier finit par décrocher une place il lui en coûtera de 401 à 503 euros pour une barque, et de 502 à 2177 euros pour un navire de plaisance. Le critère essentiel étant la taille du bateau, plus il est grand plus la location de l’emplacement est élevée.

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