La vie du port de St. Gilles en 2004

TSUNAMI A ST GILLES.

En ce samedi 26 décembre 2004 nous avons pris la mer comme un samedi ordinaire. Beau temps, pas de vent… Une sortie calme, un peu trop calme sous l’angle pêche. Une habitude à prendre, me direz-vous ? Merci, du conseil, nous connaissons. Bref, rien à signaler de particulier si ce n’est une impression diffuse de mer pas comme d’habitude. La houle semble enfler au loin sur toute la longueur de l’horizon. Un peu comme si une grande vague, unique et circulaire arrivait du large ou plutôt comme si au loin et tout autour de nous l’océan avait un étage. Je me souviens avoir dit à Huguette « tiens, la mer est bizarre, on dirait que ça gonfle au loin ». De retour au port, nous rentrons sans autre problème, nous nous amarrons en remarquant une élévation anormale de l’eau sous les quais. Quelques instants plus tard le niveau est redescendu ! « C’est quoi ce truc ? ». Ma première pensée a été que quelqu’un devait avoir procédé à l’ouverture des vannes pour vider la ravine … Une supposition idiote comme une autre. Bateau lavé, matériel rangé nous sommes chez nous lorsque le téléphone sonne et que tout se déclenche. Stéphane nous appelle, il est devant le port et nous apprend que plusieurs bateaux commencent à chavirer et couler. Il ne veut pas rentrer et préfère attendre les instructions en mer. Il nous conseille de retourner vérifier nos amarres et de le tenir informé. Finalement il retournera s'amarrer à la Pointe des Galets. Cinq minutes plus tard, nous sommes de retour sur place où le spectacle a commencé. Des centaines de badauds assistent à l’arrivée du tsunami dans le port de St Gilles. Une douzaine de bateaux ont coulé et virevoltent au gré des courants montant et descendant. Une grande marée rentre dans le port en deux minutes pour ressortir encore plus vite avec un courant terrible. Les embarcations amarrées trop court prennent de la gîte, basculent puis disparaissent en deux secondes. « Abalone », mon préféré, est déjà au fond et se retourne dans tous les sens en frappant toutes les coques voisines sur son passage. On dirait qu’il cherche à les entraîner dans son malheur. Enfin nous comprenons, nous réalisons ce qui se passe et nous commençons à réellement angoisser pour notre matériel. Nous ignorons à ce moment-là que des centaines de milliers de personnes ont déjà perdu la vie dans ce sinistre. Notre angoisse n’a qu’une origine matérielle mais bien réelle. On nous explique ce qui s’est réellement passé pour « Abalone ». Il était en cours d’amarrage à son quai lorsque la vague l’a surpris. Il s’est retourné juste après que le dernier touriste soit descendu. Tout le matériel était encore installé. Même scénario pour Dominique qui a eu juste le temps de crier à son papa de prendre sa petite fille dans ses bras et de courir sur le quai pendant que lui bondissait à sa suite ; le temps de couper le moteur et plouf ! Tout son matériel, cannes, moulinets, papiers, carte bleue, appareils sont sous l’eau ! C’est un vrai coup de bol que personne n’ait été blessé. J’ai des scrupules encore aujourd’hui à employer le mot miracle eu égard à l’ampleur de la catastrophe de l’autre côté de la mer. Miracle n’est pas le mot adéquat pour ce s’est passé le 26 décembre 2004 sur notre planète.
Nous avons passé l’après-midi à courir de La Lune au bateau de Jean Michel notre copain. Finalement celui-ci sera épargné ; frappé à plusieurs reprises par « Abalone » il restera à flot et ne gardera que quelques traces de son aventure du 26 décembre.
La seconde vague qui devait frapper la Réunion vers 18 h n’est finalement pas arrivée. La vraie seconde vague, celle qui nous a tous chavirés c’est devant la télé que nous l’avons prise en pleine gueule. Nous ne sommes pas près de l’oublier !    

retour en haut de la page